- Cycle de l'eau dans l'industrie
- Optimisation, capteurs, automatisme, modélisation
- Risques sanitaires liés à l'eau, l'assainissement et aux interventions des personnels
EmerGO : un projet européen pour une gestion durable et sûre de l'eau dans le secteur agroalimentaire
Le secteur agroalimentaire est confronté à des enjeux majeurs concernant l'utilisation et le traitement de l'eau, notamment lors des opérations de nettoyage des chaînes de production.
Pour répondre à ce défi, le projet européen EmerGO a été officiellement lancé les 17 et 18 juin derniers à Manresa, en Espagne.
La mission principale d'EmerGO est de construire une plateforme européenne pionnière pour présenter et suivre des expérimentations de surveillance et de réduction des polluants persistants et émergents (PEP) présents dans les eaux de nettoyage du secteur des aliments et des boissons.
L'objectif stratégique de cette initiative est de garantir des aliments plus sûrs, de préserver la qualité de l'eau et de s'inscrire dans une trajectoire vers le "zéro pollution", protégeant ainsi la santé publique et les ressources en eau.
L'équipe d'EmerGO lors du lancement du projet à Manresa
Ce projet de quatre ans est financé par l'Agence exécutive européenne pour la recherche (REA) dans le cadre du programme Horizon Europe et est coordonné par Eurecat, le principal centre technologique de Catalogne spécialisé dans la R&D industrielle et l'innovation numérique.
Il réunit un vaste consortium composé de dix-neuf partenaires issus de dix pays, incluant des acteurs de la recherche, de l'industrie, du monde politique et de la société civile.
Afin de concrétiser cette ambition, le projet EmerGO déploiera un ensemble d'innovations technologiques. Il s'appuiera notamment sur la surveillance en temps réel des paramètres de qualité de l'eau, l'intégration de capteurs intelligents pour ce suivi, et le développement de technologies avancées pour le traitement de l'eau à la source.
Ces différentes solutions innovantes seront testées et validées en conditions réelles sur trois sites industriels de démonstration distincts, représentant les secteurs de la viande, des jus de fruits et de la confiserie.
Au sein de cette organisation européenne, l'Office International de l'Eau (OiEau) exerce des responsabilités particulièrement stratégiques. L'OiEau est leader du groupe de travail portant sur la dissémination, l'exploitation, l'impact et la mise à l'échelle du projet. Cette mission s'articule autour de cinq grands objectifs : concevoir et actualiser la stratégie globale de communication, garantir une visibilité maximale des résultats aux niveaux local et international, préparer l'exploitation future des solutions développées, et construire des synergies avec d'autres projets similaires afin d'amplifier les impacts d'EmerGO à grande échelle.
L'OiEau est également chargé du transfert de connaissances, nécessitant la production de divers contenus pédagogiques. Dans ce cadre, l'institution sera amenée à produire un module de formation, des vidéos de retour d'expérience, des fiches techniques, des webinaires ainsi qu'un jeu sérieux (serious game) pour accompagner l'ensemble des acteurs concernés.
En complément de ces activités de dissémination, l'OiEau pilote deux tâches spécifiques au sein d'autres groupes de travail : l'une portant sur la revue des meilleures techniques disponibles (MTD) pour l'industrie agroalimentaire, et l'autre consacrée à la concertation avec les différentes parties prenantes.
Les enjeux de l'eau dans l'industrie agroalimentaire
Pour les seules usines de transformation industrielle (hors production agricole) de nourriture et de boissons, la consommation annuelle se chiffre en milliards de mètres cubes. L'eau y est utilisée comme ingrédient, vecteur thermique (chauffage et refroidissement) et agent d'hygiène.
Dans certains sites de transformation, jusqu'à 70 % de l'eau consommée sert exclusivement aux opérations de nettoyage, de lavage et de désinfection sanitaire des chaînes de production, rendant les technologies de suivi et de traitement à la source essentielles.
Les besoins en eau varient fortement selon le type de produit et les procédés industriels appliqués, mais quatre filières majeures se détachent par leur forte intensité en eau :
- Le secteur de la viande et de la volaille : opérations de découpe, lavage des carcasses et désinfection obligatoire et fréquente des installations.
- L'industrie laitière : nettoyages en place (CIP) très consommateurs d'eau et de détergents pour stériliser les cuves, tuyauteries et évaporateurs.
- La transformation des fruits, légumes et jus : étapes de lavage à grand débit, de transport hydraulique des produits, de tri et de blanchiment.
- La fabrication de boissons, la brasserie et la confiserie : l'eau intervient à la fois comme ingrédient direct du produit fini et comme fluide de procédé pour le rinçage et la thermorégulation.
L'empreinte eau globale d'un aliment prend en compte l'eau consommée à toutes les étapes, depuis l'agriculture ou l'élevage jusqu'à la transformation finale.
Les produits d'origine animale et certaines cultures spécifiques affichent les volumes les plus élevés :
- La viande de bœuf : la production d'1 kilogramme de viande de bœuf nécessite en moyenne 15 400 litres d'eau (principalement liés à la culture des aliments pour le bétail). À titre de comparaison, 1 kg de viande de porc demande environ 6 000 litres et 1 kg de poulet environ 3 900 litres.
- Le chocolat et le café : la production d'1 kilogramme de chocolat requiert plus de 17 000 litres d'eau. De son côté, une simple tasse de café (environ 125 ml) représente une empreinte virtuelle de près de 140 litres d'eau pour faire pousser et transformer les grains.
- Le pain : la fabrication d'1 kilogramme de pain de blé demande environ 1 800 litres d'eau (soit approximativement 40 litres d'eau par tranche).