Face aux tensions croissantes sur la ressource en eau, la question n’est plus seulement de mesurer les volumes d’eau prélevés ou consommés, mais de comprendre les interactions entre activités humaines, milieux et territoires. C’est dans cette perspective que l’Office français de la biodiversité (OFB) et l’OiEau ont organisé un webinaire consacré à l’empreinte eau le 2 avril dernier, réunissant plus de 60 participants issus d’organisations publiques, économiques et scientifiques.

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Dépasser la simple mesure des consommations

Un constat s’impose rapidement : l’eau devient un facteur de plus en plus structurant pour les activités, sous l’effet du changement climatique et de l’évolution des cadres réglementaires. Dans ce contexte, les approches traditionnelles centrées sur la seule mesure des consommations montrent leurs limites. L’enjeu est désormais de mieux comprendre les pressions exercées sur l’eau, pour éclairer les décisions et accompagner les transformations.

L’empreinte eau s’inscrit dans cette évolution puisqu’elle propose une lecture structurée de l’ensemble des pressions exercées sur la ressource, en lien avec un territoire donné. Ainsi, elle relie prélèvements, usages, rejets et consommations réelles, tout en intégrant les flux indirects et les interactions entre territoires. Elle repose sur une idée centrale : les pressions sur l’eau sont le résultat de choix techniques, de choix d’organisation, de choix d’approvisionnement et de choix stratégiques. En ce sens, l’empreinte eau permet de relier un constat à des décisions, et d’identifier des leviers d’action.

Une démarche portée par l’OFB et l’OiEau

L’intervention de l’OFB est venue ancrer cette réflexion dans un cadre plus large. Face aux épisodes de sécheresse plus fréquents, aux tensions entre usages et aux risques accrus pour les milieux, l’OFB rappelle l’importance de l’anticipation et de l’adaptation, qui passe d’abord par une meilleure connaissance des usages, des prélèvements et des consommations, à l’échelle globale et à celle des acteurs.

La démarche engagée avec l’OiEau s’inscrit ainsi dans une convention pluriannuelle visant à accompagner les entreprises dans la compréhension de leur empreinte eau, afin de leur permettre de se comparer, de structurer leurs analyses et de mettre en œuvre des plans d’amélioration.

L’ambition est double : garantir une meilleure évaluation environnementale, tout en sécurisant les trajectoires économiques face aux risques liés à la dépendance à la ressource. Cette approche se veut collective, mobilisant filières scientifiques et entreprises pour co-construire des outils adaptés.

Industries : des enjeux techniques aux enjeux stratégiques

Les différentes interventions ont ensuite permis d’illustrer la diversité des enjeux et des approches. Côté industrie, la FENARIVE a rappelé que des progrès importants ont déjà été réalisés en matière de sobriété hydrique, d’optimisation des procédés et de réutilisation de l’eau. Ces démarches atteignent aujourd’hui un plafond. Le défi n’est plus seulement technique, il est stratégique. Il s’agit désormais d’intégrer pleinement l’eau dans les décisions de l’entreprise, en dépassant une logique d’optimisation pour aller vers une compréhension globale des flux et de leurs impacts. Dans cette perspective, l’empreinte eau apparaît comme un levier pour structurer cette montée en maturité et accompagner le passage à une gestion plus intégrée.

Le rôle clé de l’eau verte et des Solutions fondées sur la Nature (SfN)

La filière végétale, à travers l’intervention de VERDIR, a apporté un éclairage complémentaire en replaçant l’eau dans son cycle naturel. Une grande partie de l’eau utilisée par le végétal est restituée via l’évapotranspiration, contribuant à la régulation du climat et au cycle de l’eau. Cette dimension, souvent désignée comme « eau verte », reste encore insuffisamment prise en compte dans les approches classiques. Pourtant, elle joue un rôle fondamental dans la résilience des territoires, notamment face aux phénomènes de sécheresse et d’inondation, d’où la nécessité d’intégrer davantage les solutions fondées sur la nature dans les réflexions autour de l’empreinte eau.

Une approche nécessairement territorialisée

L’intervention de l’INRAE a insisté sur la dimension territoriale de l’eau. Contrairement à d’autres indicateurs environnementaux, l’impact de l’eau ne peut pas être appréhendé de manière uniforme car il dépend fortement du contexte local, des caractéristiques du milieu et de sa vulnérabilité. Un même rejet ou un même prélèvement peut ainsi avoir des conséquences très différentes selon le territoire dans lequel il s’inscrit. Cette réalité invite à dépasser les approches standardisées pour aller vers des analyses plus contextualisées, capables d’intégrer à la fois la quantité, la qualité et les dynamiques propres aux hydrosystèmes.

Des pratiques multiples face à des exigences croissantes

A la croisée de ces interventions, un constat partagé ressort des échanges : les approches actuelles restent encore fragmentées, hétérogènes et parfois difficilement comparables. Dans le même temps, les exigences évoluent rapidement sous l’effet des cadres réglementaires comme la directive EU CSRD, qui demandent aux entreprises de mieux caractériser leurs impacts et leurs dépendances. Ce décalage entre attentes et pratiques souligne la nécessité de disposer de repères partagés.

Vers un cadre méthodologique partagé

C’est précisément l’objectif de la démarche engagée par l’OFB et l’OiEau, avec la co-construction d’un guide méthodologique proposant un cadre commun, capable de structurer les analyses sans les complexifier, et de faciliter le passage du diagnostic à l’action. Il s’inscrit dans une logique pragmatique, fondée sur trois étapes simples : mesurer les flux, les comprendre dans leur contexte, puis s’en servir pour orienter les décisions.

Le webinaire, qui a rassemblé jusqu’à 61 participants en simultané, témoigne de l’intérêt croissant pour ces enjeux. Au-delà de la diversité des profils présents, un besoin commun se dégage : disposer d’une vision globale permettant de relier les usages, les milieux et les décisions.



Au final, l’empreinte eau ne se résume pas à un nouvel indicateur, mais traduit une évolution plus profonde des pratiques. Elle invite à changer de regard sur l’eau, en la considérant non plus seulement comme une ressource à consommer, mais comme un système à comprendre et à piloter collectivement, une transformation essentielle pour répondre aux défis à venir.

ENQUÊTE
Mieux comprendre comment les entreprises appréhendent la gestion de l’eau dans leurs activités

Prenez 5 à 7 minutes pour nous aider à identifier les pratiques existantes, les questionnements, les freins éventuels et les besoins concrets des entreprises pour que nous puissions vous proposer des outils et un cadre adaptés à vos réalités de terrain !

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