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- Economie circulaire & Déchets
- Economie d'usages et de prélèvement : diminution des consommations et des pertes
Nouvelles approches en matière de gestion des eaux usées : l'expérience de l'UE au service d'une bonne gestion de l'eau en Arménie
Le programme EU4Green Recovery East, initié en 2025 et soutenu financièrement par l’Union européenne, a pour vocation d'accompagner 5 pays du Partenariat oriental de l’UE (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldavie et Ukraine) dans leur transition écologique.
Il s'attaque à un double défi majeur auquel ces pays sont confrontés : la nécessité de moderniser les infrastructures de traitement des eaux usées, tout en faisant face à l'augmentation des coûts énergétiques et à des budgets publics souvent limités.
Sur ce second point, un catalogue recensant les meilleures pratiques européennes en matière de traitement des eaux usées et de valorisation des sous-produits vient d'être publié.
Concernant le 1er volet, une mission stratégique d’acculturation sur l’assainissement a été menée en juin 2026 en Arménie, par Benoît Fribourg-Blanc, expert de l’OiEau.
En effet, EU4Green Recovery East soutient le rapprochement de l'Arménie avec l'UE, notamment en harmonisant sa réglementation sur l'eau avec les standards environnementaux européens.
Afin de favoriser le développement économique du pays, il est important de réduire le rejet d’eaux usées non traitées pour permettre à d’autres acteurs de bénéficier d’une eau en qualité et qualité suffisante pour leurs activités.
Cette intervention s'est articulée autour de deux volets cruciaux visant à garantir une gestion de l'eau durable et éco-efficace.
Déploiement de la comptabilité de l'eau et concertation territoriale à Syunik
Le premier axe de la mission a été consacré au déploiement d’une méthodologie d’établissement des comptes de l'eau, basée sur le système onusien SCEE-eau, qui permet de quantifier précisément les volumes d'eau échangés entre l'environnement et l'économie afin d'orienter les décisions politiques et les choix de développement sectoriels.
Pour ce faire, Benoît Fribourg-Blanc a rencontré les acteurs locaux et le Water Committee de la région méridionale de Syunik, un territoire spécifiquement choisi pour la bonne concordance entre ses découpages administratif et hydrographique, garantissant ainsi la fiabilité des croisements des données collectées.Formation et immersion terrain sur l'assainissement
Le second volet, organisé dans la région d'Erevan, s'est concentré sur l'acculturation à l'assainissement afin de préparer une montée en puissance des actions du pays dans ce domaine.
Une journée de formation a réuni quatorze participants issus des ministères et des services statistiques pour aborder le fonctionnement d’un système d’assainissement, en lien avec les exigences des directives européennes concernant le traitement des eaux usées urbaines, une priorité face au faible niveau d’équipement actuel, et au besoin de prioriser les financements nationaux disponibles.
Afin de confronter la théorie à la réalité du terrain, cet atelier s'est conclu par la visite pédagogique de la station d'épuration d'Ararat, une infrastructure qui vient de sortir de terre, encore en attente des autorisations administratives pour démarrer, et illustrant concrètement les étapes de traitement d’une station standard telle qu’elle devra être déployée partout sur le territoire.
En posant ces bases fondamentales pour l'optimisation des ressources et le traitement des pollutions, cette double mission appelle déjà de nouvelles actions sur le terrain qui se poursuivront lors du dernier trimestre 2026.
En savoir plus sur les comptes de l'eau
Les "comptes de l'eau" sont un système statistique d'évaluation qui rassemble des données hydrologiques et statistiques au sein d'un cadre commun basé sur les comptes économiques standards.
Concrètement, cette approche s'appuie sur le SCEE-eau (Système de comptabilité environnementale et économique intégrée pour l'eau), un outil international développé sous l'égide de l'ONU.
Ce système permet de suivre la ressource en eau avec la même rigueur que l'argent dans une entreprise, en créant des "livres de comptes" qui mesurent les échanges d'eau entre la nature et l'économie en volume (en mètres cubes) et en valeur (en euros). Ils recensent ainsi les volumes d'eau prélevés dans les milieux, utilisés au sein de l’économie y compris les échanges entre acteurs, et rejetés dans les milieux, et les confrontent aux indicateurs économiques telles que la valeur ajoutée.
Ils peuvent aussi être appliqués avec la même logique pour la quantité de polluants générés par les activités économiques.
Les comptes de l'eau servent principalement à identifier les incohérences entre les jeux de données produits par différents acteurs et rassemblés dans la matrice comptable, permettant de rendre plus fiables les données produites par chacun.
Ils servent ensuite à définir des stratégies éclairées en matière de politique de l'eau, ce qui est indispensable notamment pour les territoires souffrant de la rareté des ressources hydriques.
Ils répondent à trois objectifs majeurs :
- Éviter la "faillite hydraulique" : ils servent de signal d'alarme pour s'assurer que les prélèvements ne dépassent pas la capacité de la nature à régénérer l'eau.
- Prendre des décisions justes et éco-efficaces : en comparant la consommation d'eau d'un secteur (l'agriculture ou l'industrie, par exemple) avec son véritable poids économique, ils aident les décideurs politiques à faire des choix d'investissement équitables, à repenser les subventions, et à anticiper les impacts sur l'emploi.
- Parler un langage commun : cette méthode internationale standardisée permet de comparer objectivement les performances de gestion de l'eau entre différents pays.
Pour garantir des mesures fiables, la méthode requiert d'abord de s'appuyer soit sur un territoire dont le découpage administratif correspond parfaitement à son découpage hydrographique, soit d’être en mesure de déterminer les entrées et sorties d’eau entre le territoire étudié (pays, région) et ses voisins.
Une fois ce cadre défini, la méthode de mesure s'organise autour des quatre piliers du SCEE-eau :
- Les comptes de flux physiques : ils suivent le trajet de l'eau en mesurant les prélèvements dans la nature, les volumes consommés (ou évaporés) par l'économie, et les volumes restitués à l'environnement après usage.
- Les comptes d'actifs : ils évaluent le stock d'eau disponible dans les réserves (lacs, fleuves, nappes phréatiques) à un instant T, en calculant les apports liés à la pluie et les pertes sur l'année.
- Les comptes d'émissions : ils mesurent la qualité de l'eau en quantifiant très précisément les polluants (azote, phosphore, métaux lourds) qui y sont rejetés par l'activité humaine.
- Les comptes économiques : ils relient l'eau à la sphère financière en mesurant les coûts liés à l'assainissement, les investissements dans les infrastructures, et la répartition de la facturation (taxes, prix du mètre cube, subventions) entre les usagers.