Pour une gouvernance durable de l'eau à l'ère numérique, disposer de données et d'informations fiables est indispensable
Célébrée le 28 septembre, la Journée internationale de l'accès universel à l'information met cette année à l'honneur le thème « Préserver l'intégrité de l'information à l'ère numérique : le rôle de l'accès à l'information face au désordre informationnel ».
Dans le domaine de la gestion des ressources en eau, cette thématique revêt une importance capitale. Face au changement climatique et à la pression croissante sur la ressource, la prise de décision publique et technique ne peut reposer sur des rumeurs, des données parcellaires ou des fausses informations.
Disposer de données et d’informations fiables, vérifiées, interopérables et partagées à large échelle avec l'ensemble des opérateurs est une condition sine qua non pour garantir une gouvernance transparente, anticiper les sécheresses ou les inondations, et assurer une répartition équitable de la ressource.
Sans intégrité de l'information environnementale, le risque de décisions inadaptées et de conflits d'usage s'accroît considérablement.
L’Office International de l’Eau (OiEau) place cette quête d'intégrité et de partage au cœur de ses actions, en développant des outils et des méthodologies structurantes fondés sur une expertise reconnue en données et systèmes d’information.
En France, l’OiEau assure l’animation du SANDRE (Service d’Administration Nationale des Données et Référentiels sur l’Eau), un dispositif essentiel qui garantit l’interopérabilité des données sur l’eau. En définissant un langage commun et des normes strictes pour le stockage et l'échange de données hydrologiques et écologiques, le SANDRE élimine le désordre informationnel et permet à une multitude d'acteurs de partager des informations comparables et exploitables.
À l'échelle internationale, le projet Dynoba illustre cette même volonté d'harmonisation en Afrique. En dynamisant les organismes de bassin transfrontaliers, ce projet renforce la production et la circulation de données fiables entre États riverains, sécurisant ainsi la concertation régionale par la mise à disposition d'une information partagée et incontestable.
Pour faire face à la surabondance et au risque de désinformation sur le web, l'OiEau innove en matière d'accès et de valorisation des connaissances. La plateforme de la Base de Connaissance Eau et Biodiversité, enrichie par l'assistant d'intelligence artificielle Plume, permet d'interroger directement un fonds documentaire rigoureusement sélectionné et vérifié. Cet outil prémunit les professionnels et le grand public contre les biais ou les hallucinations de l'IA générative non contrôlée, en garantissant l'accès à des sources fiables.
Dans une optique de modélisation avancée, l'OiEau contribue également au développement de jumeaux numériques des milieux aquatiques, à l'image des travaux menés sur la Garonne et de l'estuaire de la Gironde. Il s’agit d’une réplique virtuelle, alimentée par des données en temps réel, qui constitue un outil de pilotage et d'aide à la décision stratégique. Elle permet notamment de renforcer la résilience du territoire face aux défis complexes posés par le changement climatique. Ces répliques reposent sur une captation massive et une agrégation rigoureuse de données scientifiques en temps réel, permettant de simuler l'impact de divers scénarios climatiques et d'aménagement avec une grande précision.
Enfin, la lutte contre le désordre informationnel passe impérativement par la formation des acteurs et la diffusion des savoirs. L'OiEau propose ainsi des formations spécialisées dans la veille et la prise de décision, visant à enseigner aux professionnels du secteur la maîtrise de l'information clé et le décryptage des sources sur l'eau et la biodiversité.
En parallèle, l'OiEau édite régulièrement des lettres d'information sectorielles ainsi que des manuels techniques de référence (notamment en partenariat avec le RIOB). Ces publications pédagogiques constituent des repères solides pour les cadres, chercheurs et décideurs du monde entier.
En garantissant l'accès universel à une information vérifiée, normée et partagée, l'OiEau contribue directement à préserver l'intégrité des données à l'ère numérique, assurant ainsi une gestion éclairée et durable de la ressource en eau.
Décryptage - L'importance de la qualité des données et de l'information pour une bonne gestion de l'eau
La gestion de l'eau repose sur des prévisions scientifiques complexes (débits des cours d'eau, état des nappes, niveaux de pollution).
Le désordre informationnel — qu'il s'agisse de données obsolètes, non vérifiées ou de rumeurs diffusées sur les réseaux — peut induire en erreur les décideurs locaux, fausser l'évaluation des risques de sécheresse ou d'inondation, et engendrer des tensions sociales inutiles entre usagers de l'eau.
Seule une donnée certifiée, transparente et scientifiquement validée permet de prendre des décisions d'aménagement et de sobriété acceptées et efficaces.
L'interopérabilité est la capacité de différents systèmes d'information, logiciels ou organismes à échanger des données et à les utiliser de façon fluide. Grâce à des référentiels communs comme le SANDRE en France, chaque acteur du secteur (collectivités, agences de l'eau, industriels, chercheurs) mesure et nomme les paramètres de l'eau selon la même norme. Cela évite les doublons, élimine les erreurs d'interprétation et permet de centraliser des millions de données au niveau national ou international pour obtenir une vision globale et exacte de l'état des ressources.
Si l'IA non encadrée peut générer des informations erronées, elle devient un atout majeur lorsqu'elle est adossée à des bases de données vérifiées. Un assistant comme Plume extrait des réponses exclusivement à partir de ressources documentaires d'experts présélectionnées, éliminant ainsi les fausses informations.
De leur côté, les jumeaux numériques agrègent en continu des données terrain précises pour modéliser physiquement les cours d'eau. Ces outils technologiques sécurisent l'analyse et permettent aux gestionnaires de tester virtuellement des solutions avant toute intervention sur le milieu naturel.