Vietnam : Interview de M. Vinh, Directeur Adjoint du SRNE (Vietnam) et de M. Marc Hoeltzel, Directeur Général de l'Agence de l'eau Rhin-Meuse

Publié le 20/12/22

L'OiEau accompagne l'Agence de l'eau Rhin-Meuse dans un projet d'appui institutionnel et technique visant la mise en oeuvre d’une politique de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) dans la province de Binh Dinh, au Vietnam.

Ce projet est réalisé en parallèle, et de manière coordonnée, avec une coopération décentralisée portant sur l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, conduite depuis 2018 entre la Province de Binh Dinh et les Syndicats mixtes français Eau et Assainissement de Fontoy Vallée de la Fensch (SEAFF) et de Production d’Eau Fensch-Lorraine (SFL).

A l'occasion d'une mission de suivi sur le terrain menée en décembre 2022, nous avons interrogé M. Vinh, Directeur Adjoint du Service des ressources naturelles et de l'environnement au Vietnam, et M. Marc Hoeltzel, Directeur général de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse.

M. Vinh Directeur Adjoint

Service des ressources naturelles et de l'environnement, Vietnam

Entretien avec M. Vinh, Directeur Adjoint du Service des ressources naturelles et de l'environnement au Vietnam

Quels sont les grands enjeux de la gestion de l’eau au Vietnam, d’un point de vue quantitatif, qualitatif, institutionnel, au niveau national et provincial ?

M. Vinh : Au Vietnam, nous avons plusieurs grands fleuves, par exemple le fleuve Rouge au Nord et le fleuve du Mékong au Sud. Pour ces deux fleuves, le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement a déjà coopéré avec les pays voisins au sein de Comités de bassins internationaux et transfrontaliers pour gérer l’utilisation et l’exploitation des ressources en eau sur ces fleuves, et harmoniser les intérêts entre les pays dans lesquels se situent ces grands fleuves.

Le plus grand fleuve concerné par notre province est le fleuve Kôn, qui traverse la province de Gia Lai et notre province, Binh Dinh. C’est pour cela qu’actuellement, nous coopérons pour gérer ensemble l’exploitation des ressources en eau sur ce fleuve, et harmoniser les intérêts des usagers de l’eau de chaque province.

Pour les fleuves interprovinciaux au Vietnam, nous ne disposons pas encore d’un comité de bassin commun. Nous n’avons pas de plateforme commune pour coordonner et harmoniser, ainsi que résoudre les conflits d’usages de l'eau. Nous avons donc besoin d’une plateforme au niveau central, afin que nous puissions gérer l’utilisation et l’exploitation des ressources en eau.

Quelles sont les grandes orientations de la politique de l’eau au Vietnam ?

Pour la gestion administrative des ressources en eau au Vietnam, c’est le ministère des Ressources en eau et de l’Environnement qui est le plus haut échelon. Il est suivi par le Département de Gestion des ressources en eau, qui est sous la tutelle du ministère, puis au niveau provincial et local, par le Comité Populaire de la province et le Service des ressources naturelles et de l’environnement qui sont responsables de la prescription des conseils ainsi que de la réalisation des travaux techniques afin que le niveau central puisse gérer les ressources en eau, de façon efficace. Ensuite, nous avons les Bureaux techniques qui réalisent directement les tâches techniques (suivi et collecte des données, etc.) pour que l’on puisse prescrire des conseils au niveau central.

En ce qui concerne nos grandes orientations, nous nous concentrons sur la sensibilisation des habitants à la valeur et l’importance de la ressource, parce que les Vietnamiens ont tendance à penser que l’eau est une ressource illimitée. Pour cela, nous avons besoin de faire davantage de campagnes de sensibilisation afin que les habitants fassent un usage économe de l’eau.

Nous avons également besoin de protéger la ressource et l'exploiter de manière appropriée afin d’en assurer sa sécurité et le développement socio-économique du pays et de la province.

Enfin, lorsque nous exploitons des ressources en eau, nous avons besoin de réduire au maximum les effets nocifs causés à l’eau.

En quoi la GIRE permettrait-elle de répondre à ces problématiques rencontrées dans la province et quelles sont vos attentes dans le cadre de ce projet ?

Nous avons trois attentes : premièrement, nous espérons qu’avec votre expérience en matière de gestion des ressources en eau, vous l'OiEau vous partagiez avec nous vos acquis afin que nous parvenions à mieux gérer et utiliser nos ressources, de manière efficace et durable. Ainsi, nous pourrons  assurer la sécurité et le développement socio-économique de notre province sur le long terme, en nous adaptant au contexte et aux conditions géographiques caractéristiques de notre province.

Deuxièmement, nous avons besoin du soutien de l'OiEau et des partenaires français pour effectuer une bonne répartition des ressources en eau parmi les secteurs économiques et harmoniser les intérêts entre les usagers de l’eau et ainsi éviter les conflits d’usages entre eux.

Troisièmement, notre pays est en voie de développement, et il se développe de plus en plus. Nous savons qu'il arrivera un jour où l’usage sera saturé. Nous souhaitons savoir quel est le niveau de saturation de l’utilisation de l’eau pour chaque secteur.


Marc Hoeltzel Directeur Général

Agence de l’eau Rhin-Meuse

Entretien avec M. Marc Hoeltzel, Directeur Général de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse

L'Asie du Sud-Est représente un secteur géographique important pour la France en termes de coopération dans le domaine de l'eau. A quelles actions de coopération  l'Agence de l'eau Rhin-Meuse  participe-t-elle ?

Marc Hoeltzel : Dans le cas du Vietnam, nous avons engagé une action classique dans le cadre de la loi Oudin-Santini pour le financement de projets d'accès à l'eau et de traitement de l'eau, avec un syndicat et une province, celle de Binh Dinh, qui nous paraissait être un partenaire intéressant. 

A partir de là, nous avons développé le même type d'actions qu'au Laos et au Cambodge, c’est-à-dire le montage d'une coopération institutionnelle.

Quel est l'intérêt pour les agences de l'eau d'intervenir dans ces projets de coopération à l'international ?

L'intérêt pour les agences, c'est de nous sortir un peu de notre bulle. Nous traitons de la gestion intégrée des ressources en eau sur notre territoire national français, dans un cadre institutionnel bien établi. Lorsque nous nous confrontons à des contextes différents à l'international, cela permet de révéler les difficultés que l’on rencontre sur notre territoire national : l'exigence de transversalité, d'association des acteurs, etc.

Le fait de brasser à nouveau ces fondamentaux est assez productif, même si nous venons dans ces pays pour essayer de les accompagner dans la mise en place d'un autre mode de gestion des ressources en eau. Pour nous aussi, il y a des retours tout à fait enrichissants.

Dans ces différents projets, comment percevez-vous l'apport de l'OiEau ?

D’une part, pour nous, l'OiEau est un partenaire assez essentiel. Nous ne sommes pas aussi présents que l’OiEau au niveau de ces pays. D'autre part, cette coopération nous donne des clés de lecture pour comprendre les institutions, pour bénéficier du réseau de l’OiEau afin de bien poser les fondamentaux de la GIRE.

Ensuite, sur la déclinaison des projets, notamment dans la phase "naissante", il est essentiel pour nous d'être accompagnés par les experts de l'OiEau pour poser les bons jalons, être exigeants vis-à-vis de nos partenaires sur la notion de collégialité, d'association des acteurs, de transversalité. Toute cette méthodologie est essentielle pour nous.

Nous représentons également un bon partenaire pour l’OiEau. Nous avons une très bonne complémentarité avec d'une part, l'apport méthodologique de l'OiEau et d’autre part, notre vision parfois un peu plus opérationnelle en tant qu’acteur français de la GIRE.

Quelques exemples de projets

Amélioration de l’assainissement à Bac Ha, Vietnam
ASIE - Vietnam - Province de Lao Cai - Ville de Bắc Hà
Octobre 2019
Province de Lao Cai
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Appui à la GIRE sur le Stung Sen - Phase IV
ASIE - Cambodge - Bassin versant du Tonle Sap, sous-bassin de Stung Sen
Juin 2019
Ministère des Ressources en Eau et de la Météorologie (MOWRAM)
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Projet d’appui à la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) en Côte d’Ivoire, bassin versant pilote du Bandama (en amont du Lac Kossou) - Phase 1
AFRIQUE - Côte d'Ivoire - Bassin du fleuve Bandama
Octobre 2020
Direction de la Protection et de l'Aménagement des Ressources en Eau de Côte d'Ivoire, Agence de l'eau Loire-Bretagne
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