Plateau des Guyanes – L’hydrologie spatiale au service de la gestion de l’eau avec Bio-Plateaux II

Publié le 05/06/26

Le Plateau des Guyanes abrite l'une des réserves en eau douce et l'une des biodiversités les plus riches de la planète. Cependant, la gestion durable de ces ressources pose un défi de taille : les fleuves majeurs de la région sont transfrontaliers, partagées entre Brésil, France et Suriname, et les zones qu'ils traversent sont souvent isolées et très difficiles d'accès pour les instruments de mesure traditionnels au sol, fournissant des données indispensables à la bonne connaissance de la ressource.

C’est dans ce contexte que s'inscrit l’initiative régionale Bio-Plateaux II. En déployant des technologies innovantes, ce projet transforme la connaissance et la gouvernance partagée de l'eau sur les bassins des fleuves Maroni et Oyapock.

Une mission conjointe de restitution des travaux consacrés à  l’hydrologie spatiale a été organisée en deux temps, du 4 au 8 mai 2026, avec, d’une part, une délégation surinamaise venue rencontrer les institutions guyanaises à Kourou et Cayenne (du 4 au 6 mai), puis avec un atelier franco-brésilien réalisé à Oiapoque (7 et 8 mai).

Le projet Bio-Plateaux II est une initiative de coopération régionale transfrontalière associant la Guyane française, le Suriname et l'État d'Amapá au Brésil.

Co-financé par l'Union européenne (dans le cadre du Programme de Coopération Interreg Amazonie), la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), l’Office de l'Eau de Guyane (OEG), le Centre National d'Etudes Spatiales (CNES), l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et la Direction Générale des Territoires et de la Mer (DGTM),  et coordonné par l'Office International de l'Eau (OiEau), ce projet poursuit plusieurs objectifs stratégiques :

  • la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE), pour développer une approche concertée et partagée à l'échelle des bassins versants transfrontaliers du Maroni et de l'Oyapock.
  • l'animation de réseaux d'acteurs afin de structurer un dialogue technique permanent et favoriser le partage d'expériences entre les institutions, les scientifiques et les gestionnaires territoriaux de part et d'autre des frontières.
  • le renforcement de la connaissance, pour répondre aux besoins concrets des territoires face aux enjeux environnementaux, tels que la qualité des milieux aquatiques et les impacts des changements climatiques.
  • l'évolution vers une gouvernance durable en utilisant la connaissance scientifique comme un levier pour préfigurer et structurer des instances de gouvernance transfrontalière pérennes.

En Guyane, au Suriname et au Brésil, les bassins versants du Maroni et de l'Oyapock s'étendent sur des territoires vastes, parfois difficiles d'accès et peu instrumentés. L'hydrologie spatiale permet de surveiller ces milieux depuis l'espace, en complément des stations de mesure au sol, pour améliorer la connaissance, le suivi et la gestion intégrée des ressources en eau à l'échelle transfrontalière.


Le volet "Hydrologie spatiale" de Bio-Plateaux II représente une innovation mondiale unique par l'intégration de quatre axes d'études complémentaires (voir ci-dessous), menés en synergie avec l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et la startup Hydromatters.

Les différents volets de la composante "Hydrologie spatiale" de Bio-Plateaux

Des résultats opérationnels centralisés

Les résultats de ces travaux sont entièrement intégrés et visualisables sur la plateforme en ligne www.bio-plateaux.org

Développée par l'OiEau, l'interface propose des cartes de pluviométrie cumulée, des tableaux de bord de sortie du modèle MGB avec des seuils d'alerte, des points de monitoring altimétriques et des suivis de turbidité directement utilisables par les gestionnaires.

Des applications concrètes

Sur le bassin du Maroni (Coopération Franco-Surinamaise)

La restitution officielle organisée à Kourou et Cayenne, en présence d'une délégation surinamaise de haut niveau a permis de poser les bases d'applications directes pour le bassin du Maroni :

  • Suivi de la pollution minière et de la santé publique : face à la détérioration inquiétante de la qualité de l’eau due à la hausse de l’orpaillage illicite, le suivi spatial de la turbidité offre un indicateur précieux pour protéger la santé des habitants du fleuve.
  • Préfiguration d’un organisme de bassin permanent : les résultats scientifiques ont relancé la dynamique politique vers la création d’un Groupement Européen de Coopération Territoriale (GECT) franco-surinamais.
  • Planification de la navigabilité : les simulations de débits du modèle MGB servent à anticiper les impacts des sécheresses sévères afin d'évaluer la navigabilité du fleuve lors des périodes d'étiage, un enjeu vital pour le transport de marchandises et de personnes.
  • Synergie avec les données pluviométriques nationales : les travaux de Bio-Plateaux s’articulent avec la stratégie nationale du Suriname pour renforcer le suivi des pluies en y associant l'analyse des réseaux de téléphonie cellulaire (RainCell).

Sur le bassin de l'Oyapock (Coopération Franco-Brésilienne)

L'atelier transfrontalier organisé à Oiapoque a mis en lumière une forte appropriation des outils d'hydrologie spatiale et de leurs produits par les services de l'État d'Amapá (Brésil) et les gestionnaires guyanais :

  • la Sécurité Civile brésilienne de l'Amapá utilisent désormais les données et les simulations pour une surveillance efficace et l'anticipation des crues extrêmes.
  • l'Institut de Recherche Publique d'Amapá (IEPA ) exploite la modélisation pour réaliser des cartographies hydrauliques en 2D des zones inondables à risque et analyser l'impact à long terme du changement climatique.
  • les indicateurs satellitaires viennent alimenter le programme de surveillance de la qualité de l'eau Qualiagua du Secrétariat à l'Environnement d'Amapá (SEMA), et de qualité environnementale de l'institut Chico Mendes de conservation de la biodiversité (ICMBio) qui utilise le suivi de la couleur de l'eau pour préserver l'équilibre environnemental et la biodiversité marine et fluviale.
  • l'Office de l'Eau de Guyane (OEG) et le Secrétariat aux Relations Internationales de l’État de l’Amapa (SECRICOMEX) collaborent pour bâtir un diagnostic partagé, basé sur un référentiel hydrographique commun, socle technique indispensable à la future Commission Mixte de gestion coopérative du fleuve Oiapock (CMRO).

Cette mission a permis de présenter aux partenaires des trois territoires ces outils innovants, leurs applications, et les résultats disponibles en ligne via la plateforme bio-plateaux.org .

En savoir + sur l'hydrologie spatiale dans le cadre de Bio-Plateaux

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