Fleuves transfrontaliers du Plateau des Guyanes : de la connaissance partagée à une gouvernance historique

Publié le 16/07/26

Comment renforcer la gouvernance partagée quand l'écoulement naturel de l'eau dépasse les frontières ? Sur le Plateau des Guyanes, le projet transfrontalier BIO-PLATEAUX, coordonné par l'OiEau, s'attèle à ce défi depuis sept ans. Grâce à une dynamique de terrain alliant partage de connaissances, coopération transfrontalière et dialogue technique, le projet a ouvert la voie vers la création d’instances nécessaires pour répondre aux défis des bassins versants transfrontaliers. Après la signature de la Convention de création d’un groupement de coopération territoriale sur le Maroni entre l’Etat français, l’Etat Surinamais et la Collectivité territoriale de Guyane en 2025, c’est au tour de l’Oyapock de se voir doter d'une instance dédiée à la gestion intégrée de ce fleuve partagé, avec la signature d’une déclaration entre la France et le Brésil en juillet 2026.

Maroni et Oyapock : des bassins de vie transfrontaliers face aux défis du climat et du développement

Le Plateau des Guyanes abrite une richesse humaine et écosystémique exceptionnelle, où les fleuves Maroni (partagé à l'ouest avec le Suriname) et Oyapock (partagé à l'est avec le Brésil) sont de véritables bassins de vie. Cependant, ces écosystèmes majeurs font face à de lourdes pressions anthropiques et climatiques : risques hydriques accentués par le changement climatique (sécheresses, inondations), fléau de l'orpaillage illégal polluant les milieux, nécessités d'optimiser les transports fluviaux et difficultés d'accès aux services essentiels tels que la gestion des déchets ou l'alimentation en eau potable.

Parce que l'eau s'écoule au-delà des tracés administratifs, ces enjeux de gestion sont intrinsèquement partagés. Pourtant, la superposition de cadres légaux, d'acteurs multiples et de langues de travail différentes a longtemps cloisonné les réponses au sein de chaque frontière. Face à cette complexité, la mise en œuvre d'une Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) transfrontalière est apparue comme une nécessité absolue.

Le projet BIO-PLATEAUX : la trajectoire d’une dynamique collective

C’est pour briser ce cloisonnement qu'est né le projet BIO-PLATEAUX, financé notamment par le programme européen Interreg Amazonie. Co-porté par l'Office de l'Eau de Guyane (OEG) et l'Office International de l'Eau — qui en assure la facilitation, la coordination technique et la gestion administrative —, ce projet s'est déployé en deux phases majeures :

La Phase 1 (2019-2022) : Initiée lors de la Conférence de Cayenne en 2019, cette première étape a posé les jalons du dialogue technique et politique. L'OiEau y a joué un rôle clé, en développant des outils de partage (comme la plateforme bio-plateaux.org) et des cartes dynamiques pour centraliser et valoriser les données sur l'eau et la biodiversité aquatique entre les trois pays.

La Phase 2 (2022-2027) : Cette seconde phase a étendu l'ambition du projet vers une planification par bassin et une animation territoriale participative. Elle a permis de renforcer les réseaux de surveillance sur les bassins du Maroni et de l’Oyapock (grâce à l'hydrologie spatiale et au suivi de la qualité des milieux) tout en préfigurant des mécanismes permanents d'aide à la décision, comme le Groupement de coopération territoriale sur le Maroni, institué par le Suriname et la France en 2025. L’OiEau a coordonné ces groupes techniques transfrontaliers, démontrant par l'exemple que l'animation de terrain est un atout décisif pour rapprocher les institutions.

France-Brésil : une relation de coopération historique

Historiquement, la relation entre la France et le Brésil s'inscrit dans un attachement culturel et politique très ancien. Les deux pays ont d’ailleurs célébré le bicentenaire de leurs relations diplomatiques en 2025.

Cette collaboration vient de franchir une nouvelle étape le mercredi 1er juillet, à l’occasion de la visite du ministre français des Affaires étrangères M. Barrot à son homologue brésilien M. Vieira. Divers accords ont ainsi été signés, avec pour but d’élargir la coopération des deux pays dans les domaines de la sécurité publique, de la protection de la frontière franco-brésilienne, de la gestion des visas, de la lutte contre le crime organisé, de la science, de la culture, de la formation diplomatique et de la défense du multilatéralisme.

Création d’une instance de gestion intégrée de l’Oyapock

Les ministres Vieira et Barrot ont également signé à cette occasion une Déclaration d’intention pourla mise en placed’une instance de dialogue pour la gestion intégrée du bassin du fleuve Oyapock.

Cette nouvelle instance franco-brésilienne naîtra dans un contexte de défis environnementaux et sanitairesimportants sur le bassin, pour les impacts de changements climatiques (inondations, étiages sévères), l’accès aux services essentiels comme l’eau l’assainissement, les déchets, ou encore les contaminations croissantes comme celles qui proviennent des activités d’orpaillage illicite. Salué par le Comité de l’Eau et de la Biodiversité de Guyane, ce document fondateur, qui s'inscrit dans l'Objectif de Développement Durable de l'ONU n°6 concrétise de manière politique les efforts techniques impulsés depuis sept ans par BIO-PLATEAUX.

Cette déclaration d'intention sur la gestion coopérative du bassin hydrique de l'Oyapock est clairement un résultat direct du projet Bio-Plateaux mené par l'Office International de l'Eau depuis 2018. Un résultat et une pierre fondatrice pour une suite ambitieuse.
Alain Bernard

Chef de Service 3A (Afrique, Amérique Latine, Asie du Sud-Est), OiEau - 2026

+ d'infos sur BIO-PLATEAUX

BIO - PLATEAUX - Phase 1
AMÉRIQUE LATINE & CARAÏBES - Brésil, France, Suriname - Bassins versants du Maroni et Oyapock
Juillet 2019 - Avril 2022
Office de l’Eau de la Guyane, DEAL, CNES, CTG
Découvrir le projet
BIO-PLATEAUX II - Initiative pour l'Articulation Transfrontalière des Eaux et de la Biodiversité
AMERIQUE - Brésil, Suriname, France - Bassins versants du Maroni et de l'Oyapock
Avril 2022 - Avril 2027
Office de l'Eau de Guyane (OEG), Ministère des Travaux Publics du Suriname, Secrétariat International et au Commerce Extérieur de l'Amapa (SECRICOMEX) - Brésil, Institut de Recherche pour le Développement (IRD)
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