CONFERENCE EURO-MEDITERRANEENNE
SUR LA GESTION LOCALE DE L'EAU

MARSEILLE - 26 NOVEMBRE 1996

Mme Corinne LEPAGE

Ministre de l'Environnement

France

 

NB : Seul le texte prononcé en séance fait foi

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Monsieur le Représentant de la Commission,

Mesdames, Messieurs,


Je suis particulièrement heureuse de vous accueillir aujourd'hui à Marseille, au nom du gouvernement français, pour la Conférence euro-méditerranéenne sur la gestion de l'eau.

Je tiens tout d'abord à vous remercier d'avoir répondu positivement à notre invitation. Je voudrais également exprimer ma gratitude à la Ville de Marseille et à son Maire, Monsieur le Ministre Jean-Claude GAUDIN, ainsi qu'aux autorités régionales qui nous accueillent aujourd'hui dans ce lieu prestigieux.

Les civilisations qui ont prospéré sur les rives de la Méditerranée, notre mer commune, ont laissé maints témoignages de leur savoir-faire et de leur capacité à utiliser de manière durable cette ressource rare qu'a toujours été l'eau. L'un des premiers codes écrits connus à ce jour est le fameux code d'HAMMOURABI qui, plus de 2000 ans avant notre ère, réglementait les usages de l'eau par les paysans en Mésopotamie. Les préceptes qu'il fixait montrent que, dès cette époque, l'eau représentait un enjeu social et économique fondamental.

Aujourd'hui encore nous avons tous conscience que l'eau constituera pour les pays méditerranéens, dans les prochaines décennies, la clé de leur développement. La ressource en eau est rare dans certaines zones, fragile dans d'autres et doit être de plus en plus épargnée, dans tous les sens du terme.

Les motifs d'inquiétude pour l'avenir sont connus, je les rappellerai brièvement : une concentration urbaine en augmentation régulière, avec les difficultés qui l'accompagnent pour la distribution de l'eau potable et l'assainissement, des besoins toujours croissants pour les activités agricoles, des disponibilités en eau en baisse significative, à la fois sur les plans quantitatif et qualitatif. L'évolution du niveau de vie des populations, dont nous ne pouvons que nous réjouir, se traduit par une augmentation régulière de la consommation en eau et l'approvisionnement en eau reste trop souvent un défi quotidien.

Le document élaboré par le Plan Bleu qui vous a été remis illustre parfaitement les tendances qui se dessinent pour les prochaines décennies. Elles sont préoccupantes à bien des égards.

Il y a là des germes de tension à l'intérieur de chacun de nos pays et les pouvoirs publics se trouvent dans l'obligation d'arbitrer entre les usages de l'eau, de gérer au mieux une ressource limitée, autrement dit de conduire de véritables politiques de l'eau. Ces politiques doivent être globales et intégrer aussi bien les économies d'eau dans l'irrigation, la réutilisation sous certaines conditions des eaux usées, le développement de modes non conventionnels d'exploitation et l'information des consommateurs. Par ailleurs la sécurité de l'alimentation en eau potable des populations, y compris des plus pauvres, reste une priorité.

L'eau est clairement un enjeu social, économique, et donc politique. Nous ne devons pas permettre que l'eau, notre bien commun, devienne un facteur de division. Malgré des difficultés que personne n'ignore, nous sommes aujourd'hui dans une dynamique où la logique de la coopération et de la paix l'emportera sur celle de la confrontation et où la volonté de partage et de solidarité sera la plus forte. J'en suis convaincue.

Plusieurs initiatives sur le thème de l'eau ont déjà été prises en Méditerranée dans un passé récent. La Déclaration d'Alger sur l'Eau de 1990, la Charte méditerranéenne de l'Eau adoptée à Rome en 1992, ont marqué des étapes importantes dans l'établissement d'un dialogue et d'une coopération rendus nécessaires. En nous plaçant aujourd'hui dans la perspective du partenariat euro-méditerranéen adoptée à Barcelone le 28 novembre 1995, nous donnons à ce processus de coopération un champ plus vaste et une ambition plus grande.

L'organisation de conférences thématiques à haut niveau permet de faire vivre l'esprit de Barcelone et de développer de nouveaux axes de coopération. C'est dans cet esprit que la France a proposé d'accueillir à Marseille une réunion ministérielle consacrée au thème de l'eau, qui est au cœur des préoccupations des partenaires de Barcelone.

Le Président de la République, Jacques Chirac, en a proposé l'idée dans le discours qu'il a prononcé le 8 avril dernier à l'Université du Caire, à l'occasion d'une visite au Proche-Orient.

Il s'agit en effet de fonder notre vision commune sur un ensemble de principes de référence, de valeurs et d'objectifs que nous comptons suivre, chacun pour ce qui nous concerne, dans le domaine de la gestion de l'eau. Au nombre de ces principes, je retiens en particulier que :

- les politiques de gestion de l'eau doivent contribuer à développer la solidarité entre les différents usagers et reposer sur une gestion concertée associant les différentes catégories d'usagers ;

- ces politiques doivent se fonder sur une approche globale, prenant en compte des critères sociaux, économiques et environnementaux, et être menées dans le respect de l'intérêt général et des équilibres naturels ;

- l'eau a une valeur socio-économique qu'il convient d'apprécier en mesurant le coût des prestations nécessaires à sa mise à disposition des usagers et à la garantie de sa qualité ;

- l'accès à l'information et la sensibilisation des usagers contribuent à une bonne gestion de la ressource en eau.



Telle est l'ambition du projet de déclaration sur la gestion locale de l'eau qui vous est soumis. Ce projet est accompagné d'une série de recommandations techniques qui viennent préciser les principes mentionnés dans le projet de déclaration. Enfin est soumis à votre approbation le projet de création d'un système euro-méditerranéen d'information sur le savoir-faire dans le domaine de l'eau. Ces propositions ont été préparées par nos experts, en liaison avec les services de la Commission européenne et largement débattues au cours de la réunion tenue au Caire les 21 et 22 octobre derniers. Je tiens ici à adresser mes plus vifs remerciements aux autorités égyptiennes pour l'aide qu'elles ont apportée.

Ces documents ont pu être définitivement mis au point dans la journée d'hier grâce à la diligence du secrétariat assuré par l'Office International de l'Eau. Je crois que le travail des uns et des autres mérite ici d'être salué.

Le défi qu'il nous est aujourd'hui demandé de relever est de donner une suite effective et concrète aux principes adoptés à Barcelone en novembre 1995 dans un domaine essentiel pour le développement des riverains de la Méditerranée. En d'autres termes, il nous incombe de contribuer au développement durable au Nord comme au Sud de la Méditerranée.

Dans une première étape, il s'agit de s'entendre sur une vision commune des priorités et de fixer un cadre de référence qui nous permette d'aller plus avant, vers une démarche de solidarité. Il s'agit de tisser autour de la gestion de l'eau des liens qui ont pu être relâchés ou distendus par l'histoire.

C'est en gardiens de l'héritage d'HAMMOURABI que nous devons agir. Il existe, il est vrai, une continuité dans les problèmes que connaissaient les premières civilisations avec ceux que rencontrent nos sociétés contemporaines.

A l'aube du troisième millénaire, alors que de nouvelles menaces liées aux changements climatiques et à l'avancée de la désertification s'annoncent, il nous incombe plus que jamais de protéger nos ressources et de les épargner afin de permettre aux enfants de nos enfants, aux générations futures, de vivre harmonieusement dans cette région exceptionnelle qui fut le berceau de grandes civilisations et qui doit rester à l'avenir un espace de solidarité et de prospérité.