France
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Représentant de la Commission,
Mesdames, Messieurs,
Je suis particulièrement heureuse de vous accueillir aujourd'hui
à Marseille, au nom du gouvernement français, pour
la Conférence euro-méditerranéenne sur la
gestion de l'eau.
Je tiens tout d'abord à vous remercier d'avoir répondu
positivement à notre invitation. Je voudrais également
exprimer ma gratitude à la Ville de Marseille et à
son Maire, Monsieur le Ministre Jean-Claude GAUDIN, ainsi qu'aux
autorités régionales qui nous accueillent aujourd'hui
dans ce lieu prestigieux.
Les civilisations qui ont prospéré sur les rives
de la Méditerranée, notre mer commune, ont laissé
maints témoignages de leur savoir-faire et de leur capacité
à utiliser de manière durable cette ressource rare
qu'a toujours été l'eau. L'un des premiers codes
écrits connus à ce jour est le fameux code d'HAMMOURABI
qui, plus de 2000 ans avant notre ère, réglementait
les usages de l'eau par les paysans en Mésopotamie. Les
préceptes qu'il fixait montrent que, dès cette époque,
l'eau représentait un enjeu social et économique
fondamental.
Aujourd'hui encore nous avons tous conscience que l'eau constituera pour les
pays méditerranéens, dans les prochaines décennies, la
clé de leur développement. La ressource en eau est rare dans certaines
zones, fragile dans d'autres et doit être de plus en plus épargnée,
dans tous les sens du terme.
Les motifs d'inquiétude pour l'avenir sont connus, je les rappellerai
brièvement : une concentration urbaine en augmentation régulière,
avec les difficultés qui l'accompagnent pour la distribution de l'eau
potable et l'assainissement, des besoins toujours croissants pour les activités
agricoles, des disponibilités en eau en baisse significative, à
la fois sur les plans quantitatif et qualitatif. L'évolution du niveau
de vie des populations, dont nous ne pouvons que nous réjouir, se traduit
par une augmentation régulière de la consommation en eau et l'approvisionnement
en eau reste trop souvent un défi quotidien.
Le document élaboré par le Plan Bleu qui vous a
été remis illustre parfaitement les tendances qui
se dessinent pour les prochaines décennies. Elles sont
préoccupantes à bien des égards.
Il y a là des germes de tension à l'intérieur de chacun
de nos pays et les pouvoirs publics se trouvent dans l'obligation d'arbitrer
entre les usages de l'eau, de gérer au mieux une ressource limitée,
autrement dit de conduire de véritables politiques de l'eau. Ces politiques
doivent être globales et intégrer aussi bien les économies
d'eau dans l'irrigation, la réutilisation sous certaines conditions des
eaux usées, le développement de modes non conventionnels d'exploitation
et l'information des consommateurs. Par ailleurs la sécurité de
l'alimentation en eau potable des populations, y compris des plus pauvres, reste
une priorité.
L'eau est clairement un enjeu social, économique, et donc
politique. Nous ne devons pas permettre que l'eau, notre bien
commun, devienne un facteur de division. Malgré des difficultés
que personne n'ignore, nous sommes aujourd'hui dans une dynamique
où la logique de la coopération et de la paix l'emportera
sur celle de la confrontation et où la volonté de
partage et de solidarité sera la plus forte. J'en suis
convaincue.
Plusieurs initiatives sur le thème de l'eau ont déjà
été prises en Méditerranée dans un passé
récent. La Déclaration d'Alger sur l'Eau de 1990, la Charte méditerranéenne
de l'Eau adoptée à Rome en 1992, ont marqué des étapes
importantes dans l'établissement d'un dialogue et d'une coopération
rendus nécessaires. En nous plaçant aujourd'hui dans la perspective
du partenariat euro-méditerranéen adoptée à Barcelone
le 28 novembre 1995, nous donnons à ce processus de coopération
un champ plus vaste et une ambition plus grande.
L'organisation de conférences thématiques à
haut niveau permet de faire vivre l'esprit de Barcelone et de
développer de nouveaux axes de coopération. C'est
dans cet esprit que la France a proposé d'accueillir à
Marseille une réunion ministérielle consacrée
au thème de l'eau, qui est au cur des préoccupations
des partenaires de Barcelone.
Le Président de la République, Jacques Chirac, en
a proposé l'idée dans le discours qu'il a prononcé
le 8 avril dernier à l'Université du Caire, à
l'occasion d'une visite au Proche-Orient.
Il s'agit en effet de fonder notre vision commune sur un ensemble de principes
de référence, de valeurs et d'objectifs que nous comptons suivre,
chacun pour ce qui nous concerne, dans le domaine de la gestion de l'eau. Au
nombre de ces principes, je retiens en particulier que :
- les politiques de gestion de l'eau doivent contribuer à
développer la solidarité entre les différents
usagers et reposer sur une gestion concertée associant
les différentes catégories d'usagers ;
- ces politiques doivent se fonder sur une approche globale, prenant
en compte des critères sociaux, économiques et environnementaux,
et être menées dans le respect de l'intérêt
général et des équilibres naturels ;
- l'eau a une valeur socio-économique qu'il convient d'apprécier
en mesurant le coût des prestations nécessaires à
sa mise à disposition des usagers et à la garantie
de sa qualité ;
- l'accès à l'information et la sensibilisation
des usagers contribuent à une bonne gestion de la ressource
en eau.
Telle est l'ambition du projet de déclaration sur la gestion
locale de l'eau qui vous est soumis. Ce projet est accompagné
d'une série de recommandations techniques qui viennent
préciser les principes mentionnés dans le projet
de déclaration. Enfin est soumis à votre approbation
le projet de création d'un système euro-méditerranéen
d'information sur le savoir-faire dans le domaine de l'eau. Ces
propositions ont été préparées par
nos experts, en liaison avec les services de la Commission européenne
et largement débattues au cours de la réunion tenue
au Caire les 21 et 22 octobre derniers. Je tiens ici à
adresser mes plus vifs remerciements aux autorités égyptiennes
pour l'aide qu'elles ont apportée.
Ces documents ont pu être définitivement mis au point
dans la journée d'hier grâce à la diligence
du secrétariat assuré par l'Office International
de l'Eau. Je crois que le travail des uns et des autres mérite
ici d'être salué.
Le défi qu'il nous est aujourd'hui demandé de relever est de
donner une suite effective et concrète aux principes adoptés à
Barcelone en novembre 1995 dans un domaine essentiel pour le développement
des riverains de la Méditerranée. En d'autres termes, il nous
incombe de contribuer au développement durable au Nord comme au Sud de
la Méditerranée.
Dans une première étape, il s'agit de s'entendre
sur une vision commune des priorités et de fixer un cadre
de référence qui nous permette d'aller plus avant,
vers une démarche de solidarité. Il s'agit de tisser
autour de la gestion de l'eau des liens qui ont pu être
relâchés ou distendus par l'histoire.
C'est en gardiens de l'héritage d'HAMMOURABI que nous devons
agir. Il existe, il est vrai, une continuité dans les problèmes
que connaissaient les premières civilisations avec ceux
que rencontrent nos sociétés contemporaines.
A l'aube du troisième millénaire, alors que de nouvelles
menaces liées aux changements climatiques et à l'avancée
de la désertification s'annoncent, il nous incombe plus
que jamais de protéger nos ressources et de les épargner
afin de permettre aux enfants de nos enfants, aux générations
futures, de vivre harmonieusement dans cette région exceptionnelle
qui fut le berceau de grandes civilisations et qui doit rester
à l'avenir un espace de solidarité et de prospérité.