Mesdames et Messieurs les Ministres,
Madame le Commissaire,
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux de pouvoir m'adresser à vous à la
fin de vos travaux, qui ont été denses et fructueux.
La richesse de leurs conclusions doit beaucoup à nos deux
Co-Présidents, Madame Lepage et Monsieur Allen. Mais, ils
en conviendront volontiers, le mérite essentiel en revient
à la contribution positive que chacun d'entre vous a pu
apporter aux discussions. Soyez en remerciés. Je voudrais
également saluer la contribution de la Commission Européenne
ainsi que l'important travail de préparation effectué
au niveau des experts, lors de la réunion du Caire notamment,
grâce à l'efficacité des autorités
égyptiennes.
Je suis également heureux de cette occasion qui m'est donnée
d'évoquer un sujet qui me tient particulièrement
à coeur, le partenariat euro-méditerranéen,
dans une ville qui s'y prête tout naturellement, Marseille.
Forte de ses racines méditerranéennes, riche de
la diversité de sa population, ouverte sur son environnement
régional, la Ville de Marseille, qui nous accueille si
chaleureusement, témoigne du nouveau dynamisme méditerranéen
et de la volonté de bâtir, entre le Nord et le Sud,
une modernité commune. On y ressent peut-être plus
qu'ailleurs, en cette fin de siècle, l'éveil d'une
conscience méditerranéenne, comparable à
ce qu'on a pu qualifier, naguère, d'éveil de la
conscience européenne.
Cet éveil, rien ne l'a mieux symbolisé que la Conférence
de Barcelone les 27 et 28 novembre 1995.
Le processus euro-méditerranéen, lancé à
cette occasion, a fait naître d'immenses espoirs. Pour la
première fois, peut-être, les méditerranéens
ont eu le sentiment que l'on s'adressait à eux avec une
approche adaptée, un projet cohérent, et les moyens
nécessaires.
La principale originalité du processus de Barcelone, et
sa grande force, tiennent à ce qu'on peut appeler, sa globalité
:
Les signataires de la Déclaration de Barcelone ont fait
preuve de vision en s'engageant à faire de la Méditerranée
un espace de paix et de prospérité.La réussite
de ce projet passe, nous en sommes tous convaincus, d'abord par
le développement économique. L'ambition du partenariat
euro-méditerranéen est de réduire les écarts
de prospérité entre les deux rives de la Méditerranée,
et de créer les conditions d'un développement durable.
C'est sans doute dans ce domaine que les attentes sont légitimement
les plus fortes et les besoins les plus immédiats.
Alors que nous célébrerons demain son premier anniversaire,
je crois qu'il est juste néanmoins d'affirmer que le partenariat
euro-méditerranéen est bien lancé et qu'il
porte déjà ses premiers fruits.
Trois accords d'association de nouvelle génération
ont été conclus avec la Tunisie, le Maroc et Israël.
Les négociations approchent de leur terme avec la Jordanie,
le Liban et l'Égypte. D'autres commencent avec l'Algérie
et avec l'Autorité palestinienne. Des contacts exploratoires
se poursuivent avec la Syrie.
Par ailleurs, le règlement MEDA, qui est en quelque sorte
l'instrument financier du partenariat euro-méditerranéen,
a été adopté cet été et des
projets concrets, d'un montant total de plusieurs centaines de
millions d'écus, ont déjà fait l'objet de
décisions de financement.
Enfin, plusieurs rencontres ministérielles entre les Quinze
et les Douze Méditerranéens ont été
organisées, sur des thèmes d'intérêt
commun. Plusieurs ont eu lieu, dès avant celle de Marseille,
pendant le premier semestre, sous Présidence italienne,
sur l'industrie, l'énergie, la société de
l'information, le tourisme, le patrimoine culturel. D'autres sont
programmées pour l'année prochaine, sur l'investissement
ou sur l'environnement notamment. Il importe que ces Conférences
thématiques débouchent sur des orientations et des
projets concrets. Je n'ai pas besoin de vous dire que c'est mon
souhait pour la Conférence de Marseille.
L'eau représente en effet un enjeu capital pour l'avenir
de la coopération euro-méditerranéenne. Elle
est devenue aujourd'hui une ressource rare, en même temps
qu'un facteur clé pour le développement économique
en Méditerranée. Coopérer pour améliorer
sa gestion représente dans ces conditions un défi
majeur. Le partenariat euro-méditerranéen doit nous
aider à le relever. Il doit servir de support au développement
de projets concrets et favoriser l'établissement d'un climat
de confiance dans la région.
Dans le discours que le Président de la République
a prononcé à l'Université du Caire le 8 avril
dernier, il a formé le voeu qu'après avoir été
une source de conflit, l'eau devienne un facteur de coopération.
Il s'agit sans doute d'un objectif ambitieux, dont la réalisation
prendra du temps. Mais n'oublions pas que la construction européenne
est née de la volonté des adversaires d'hier de
coopérer dans l'un des domaines qui symbolisait le plus
leur division, celui du Charbon et de l'Acier. Et ce domaine avait
précisément été choisi pour que se
développent des solidarités concrètes, sur
lesquelles s'est bâtie, au fil des ans, une construction
qui a garanti à l'Europe un demi-siècle de paix.
Ayons donc l'espoir que, portés par une vision commune
de leur avenir, les Méditerranéens sauront, eux
aussi, établir les coopérations qui feront de leur
région une zone de prospérité et de paix.
En dépit des tensions et des difficultés auxquelles
se trouve actuellement confrontée la région, le
dialogue et la coopération peuvent et doivent se développer,
dans l'intérêt de tous. Des rencontres telles que
la nôtre montrent que dans la tempête, le processus
de Barcelone a tenu bon et que chacun ressent, aujourd'hui, le
besoin de le préserver et même de le consolider.
C'est pourquoi la France, considère qu'il est plus que
jamais nécessaire de mettre en oeuvre rapidement les engagements
pris dans le volet politique de la Déclaration de Barcelone.
Elle a proposé pour cela que soit adopté, lors de
la prochaine Conférence euro-méditerranéenne
- dite Barcelone II - en avril 1997, le projet de Pacte ou de
Charte euro-méditerranéenne, qui est en cours de
discussion entre les vingt-sept et sur le principe duquel nous
sommes désormais pratiquement tous d'accord.
Dans notre esprit, il devrait aboutir à créer, concrètement,
un partenariat politique et de sécurité fort, avec,
d'une part l'institutionnalisation d'un dialogue régulier
à Haut niveau (avec des réunions des Ministres des
Affaires Etrangères et aussi, nous le proposons, des Sommets)
et, d'autre part, l'adoption d'un certain nombre de mesures de
confiance et de stabilité qui serait d'application volontaire
et progressive.
Fondamentalement ce Pacte, dont l'idée, comme vous le savez,
a été proposée par le Président Chirac,
devrait couronner l'édifice de Barcelone et donner à
notre partenariat une dimension politique privilégiée,
qui corresponde aux attentes des pays Méditerranéens
et soit à la mesure de l'importance de notre coopération
économique.
La Conférence de Barcelone a constitué un moment
fondateur. Chacun est conscient que son ambition, celle d'une
Méditerranée prospère et pacifiée,
ne s'accomplira pleinement qu'avec le temps. Mais des Conférences
telles que celle d'aujourd'hui montrent que l'ensemble des partenaires
est décidé à oeuvrer, avec patience et détermination,
à sa réalisation.
Qu'il me soit donc permis de vous remercier tous, Mesdames et
Messieurs les Ministres, Madame le Commissaire, Mesdames et Messieurs,
pour votre présence à cette Conférence. Elle
aura permis de jeter entre nous les bases d'une coopération
féconde, qui sera, j'en suis convaincu, appelée
à se développer au cours des années à
venir et, c'est du moins mon souhait, à prendre valeur
d'exemple.
Je vous remercie.