CONFERENCE EURO-MEDITERRANEENNE
SUR LA GESTION LOCALE DE L'EAU

MARSEILLE - 26 NOVEMBRE 1996

Mme Emma BONINO

Commissaire chargé de la Pêche, de la Politique des Consommateurs

et de l'Aide Humanitaire

COMMISSION EUROPEENNE

NB : Seul le texte prononcé en séance fait foi

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureuse d'être avec vous pour clôturer cette journée et vous faire part de l'appréciation de la Commission pour le travail accompli à Marseille.

Puisque lors de la Conférence de Barcelone, les vingt-sept Ministres des Affaires Etrangères avaient mis spécifiquement en évidence la priorité qu'ils accordaient au thème de l'eau, je vous parlerai d'abord de ce thème.

Puisque nous célébrerons demain le premier anniversaire de la Déclaration de Barcelone, je voudrais également vous parler du Partenariat euro-méditerranéen en général.

1 - LE THEME DE L'EAU

A Barcelone, les Ministres ont souhaité reconnaître la valeur stratégique de l'utilisation et de la disponibilité des ressources dans tout effort de développement des pays de la zone méditerranéenne, qu'elles appartiennent à l'Union Européenne ou qu'elles se situent sur la rive sud de la Méditerranée.

Mais en élaborant le programme de travail de la Conférence de Barcelone, les Ministres ont également souhaité que le thème de l'eau, si complexe dans ses implications, soit au centre du nouveau dialogue régional décidé entre les vingt-sept Partenaires.

C'est ce que vous avez fait ici à Marseille et je me félicite que vos travaux se soient déroulés dans cette perspective de dialogue et qu'aujourd'hui une pierre importante soit ajoutée à l'édifice du Partenariat euro-méditerranéen.

Les recommandations des experts et les travaux de cette journée ministérielle permettent de compter sur une contribution technique et politique décisive que la Commission s'engage à mettre en oeuvre concrètement dès les prochains mois.

Je n'insisterai pas sur le caractère crucial de la gestion locale de l'eau dans la région euro-méditerranéen et sur la nécessité de faire face à la pénurie. Vous l'avez fait, Mesdames et Messieurs les Ministres, mieux que moi au cours de la journée. Laissez-moi simplement insister sur trois points :

- l'initiative de Marseille est essentielle aux yeux de la Commission car elle permet de placer le problème dans un contexte réellement euro-méditerranéen. La Charte de Rome adoptée en septembre 1992 est un excellent document, mais il n'inclue pas l'ensemble des pays de l'Union Européenne. La Déclaration de Marseille élargit donc les possibilités d'échange de savoir-faire, elle permettra de relier les pays méditerranéens à l'ensemble de l'Europe ;

- le " système euro-méditerranéen d'information sur les savoir-faire dans le domaine de la gestion de l'eau " va au-delà d'un simple réseau régional. Il doit permettre la mise en place des structures de formation et d'échanges de données. Je souhaite qu'il soit conçu comme une fenêtre ouverte, facilement utilisable par tous, qu'il mette en commun les qualités techniques des uns et des autres et qu'il bénéficie des technologies de l'information. En tant qu'émanation de votre volonté conjointe, un tel système pourra bénéficier de l'appui du Programme MEDA ;

- la déclaration de Marseille et les principes qu'elle contient deviendront les instruments de gestion quotidienne des services de la Commission afin de guider et de formuler la mise en place de projets de coopération bilatérale dans le domaine de l'eau. Cet instrument stratégique servira de la même façon aux gestionnaires des Partenaires méditerranéens.

2 - LE PARTENARIAT EURO-MEDITERRANEEN

Je ne voudrais pas laisser passer cette occasion de dire quelques mots du Partenariat euro-méditerranéen, instauré il y a tout juste un an à Barcelone, et m'interroger avec vous sur le premier bilan que l'on peut faire de son application.

Qu'est ce que le Partenariat euro-méditerranéen ? C'est avant tout un cadre de dialogue sur les plans politique, économique et social. C'est aussi une série d'objectifs précis et ambitieux:

- instaurer une zone de paix et de stabilité ;

- instaurer le libre-échange à l'horizon 2010 ;

- développer les relations dans les domaines social, culturel et humain.

Le Partenariat euro-méditerranéen innove ; il est doté de moyens substantiellement renforcés, il implique la société civile et les opérateurs économiques tout autant que les gouvernements et il est mis en oeuvre sur deux plans distincts et complémentaires :

- celui des Accords d'Association déjà signés avec la Tunisie, Israël et le Maroc, en voie d'être conclus avec l'Egypte, la Jordanie, le Liban et l'Autorité palestinienne, ou qui restent à négociés avec l'Algérie et la Syrie ;

- celui du dialogue régional et des projets conjoints sur des thèmes d'intérêt commun. Cette Conférence euro-méditerranéenne sur la gestion de l'eau est un exemple parfait d'un cadre de dialogue thématique qui permet de mieux comprendre les politiques des uns et des autres, d'échanger des savoir-faire, de bâtir un mécanisme commun d'information et de coopérer au niveau régional. Il ne s'agit pas de remplacer les projets que la Commission Européenne met en oeuvre avec chacun des Partenaires Méditerranéens, mais plutôt de les compléter chaque fois que le niveau régional est approprié.

Cette conférence n'est pas le lieu de dresser un bilan exhaustif du Partenariat euro-méditerranéen un an après Barcelone - la Commission le fera demain à Bruxelles - mais qu'il me soit permis se saluer ici les efforts accomplis depuis le Conseil Européen de Cannes et la Conférence de Barcelone. Nous nous trouvons devant un bilan très substantiel et je voudrais citer seulement quelques exemples :

- au plan politique, les vingt-sept Gouvernements ont agréé un ensemble de mesures de confiance et travaillent ensemble à l'élaboration d'une Charte de stabilité. Dans le climat actuel au Proche-Orient, ce n'est pas un mince résultat. Autre exemple à un niveau plus modeste mais significatif, la Commission Européenne a lancé un programme de formation et d'information des jeunes diplomates des vingt-sept pays afin qu'il apprennent à se connaître et à travailler ensemble ;

- au plan économique, les vingt-sept partenaires ont déjà mis sur pied des réseaux communs entre opérateurs énergétiques, ils s'apprêtent à la faire entre les fédérations industrielles, les banques, les chambres de commerce ou les instituts de recherche économique. Conformément à sa tradition, Marseille, à travers sa présidence de l'Association des Chambres de Commerce de la Méditerranée ou à travers l'Institut de la Méditerranée qui a son siège ici même au Palais du Pharo, joue un rôle important dans ce processus de rapprochement entre Europe et Méditerranée.

En conclusion, permettez-moi de saluer ici les efforts du Gouvernement français pour l'organisation de cette Conférence, votre présence témoignant mieux que moi du succès de cette initiative.