La demande en eau s'accroît rapidement dans les pays du Sud de la Méditerranée,
et l'agriculture est soumise à une pression croissante pour le partage
de ses ressources en eau avec les villes. Il est probable que les villes vont
entrer en conflit avec les paysans pour l'utilisation des rares ressources.
Une gestion intégrée des ressources en eau devient nécessaire
afin de garantir les revenus et l'emploi dans l'agriculture tout en économisant
l'eau.
Une telle gestion devrait être basée sur l'eau en tant que bien
économique et social, critère aujourd'hui reconnu au niveau international.
Les marchés intersectoriels de l'eau, qui existent aux Etats-Unis et
au Chili, pourraient être expérimentés dans la région
méditerranéenne. La vision de l'eau bien public doit être
préservée, mais peut être complétée par des
droits d'usage de l'eau qui soient transférables, tout en respectant
certaines conditions d'usage. Une telle gestion est particulièrement
appropriée lorsque les paysans utilisent l'eau souterraine, aménagée
par leurs propres moyens. Tous les participants peuvent bénéficier
de tels marchés. Les villes peuvent acheter l'eau à un prix moins
élevé que celui requis par le dessalement de l'eau de mer ou la
construction de canalisations sur de très longues distances. Les paysans
peuvent vendre une partie de leurs droits sur l'eau. Une redistribution administrative
des droits sur l'eau pourrait être compensée par un capital versé
aux paysans en échange de leurs droits. Ce capital peut être investi
dans des techniques d'irrigation améliorées. En particulier, les
grands périmètres irrigués proches des villes peuvent vendre
de l'eau à celles-ci et recevoir en échange plus d'eaux usées
traitées. En résumé, dans les prochaines décennies,
une allocation intersectorielle de l'eau peut mettre à la disposition
des villes des quantités suffisantes d'eau pour satisfaire les demandes-
même dans des villes à forte croissance.
Une vision de l'irrigation et du marché agricole dans la région
méditerranéenne dans une ou deux décennies pourrait être
la suivante: les cultures irriguées dans les pays du Sud de la Méditerranée
vont changer dramatiquement en faveur de cultures à fort rendement par
unité d'eau sous l'influence des marchés de l'eau. Ce changement
va accroître l'interdépendance agricole des pays du Sud de la Méditerranée
et de l'Europe. Les céréales viendront de plus en plus des pays
d'Europe où les pluies sont abondantes et où l'irrigation n'est
pas nécessaire, tandis que fruits et légumes (d'hiver) seront
de plus en plus cultivés au Proche Orient et en Afrique du Nord. Une
libéralisation progressive et réciproque des importations selon
les termes de la OMC et de la Zone de Libre Echange en Méditerranée
envisagée à Barcelone va compléter un tel processus basé
sur les avantages nationaux comparés au sujet de la production agricole.
L'Allemagne finance des projets dans le secteur de l'eau dans presque tous les pays du Sud de la Méditerranée. Le secteur de l'eau est un domaine prioritaire dans la coopération allemande avec la région. Le Ministère allemand de la Coopération Economique et du Développement a récemment adopté une nouvelle stratégie sectorielle sur la gestion de l'eau en milieu urbain. Le principe important de cette stratégie est que, dans le cas de conflits entre usages agricoles et urbains, ces derniers auront la priorité. La coopération allemande va de plus en plus se concentrer sur l'approvisionnement en eau urbain et l'assainissement, tout en insistant sur les économies d'eau. En agriculture, la réhabilitation et l'usage plus efficace de l'eau sont soulignés. Le développement de nouveaux périmètres irrigués ne sera plus financé. Tous les projets devraient être intégrés dans des schémas directeurs nationaux des ressources en eau, définissant les règles de répartition de l'eau basée sur des principes économiques, dans le but d'atteindre un plus fort rendement économique et social par unité d'eau et de réduire les effets de la rareté de l'eau.