Atelier 1 - Gestion de l'eau pour une agriculture durable
Résumé
GESTION DE L'EAU POUR L'AGRICULTURE EN FRANCE
Durabilité socio-économique et implication des usagers
MM. J. PLANTEY, H. TARDIEU, M. MESNY, J.P. NICOL, Th RIEU et J. VERDIER
FRANCE
Comme les autres pays méditerranéens, la France possède
une longue histoire de l'aménagement des eaux, nourrie de l'expérience
de sa rareté et traduisant la recherche constante de sa meilleure valorisation
agricole dans un souci de partage équitable. Un tissu institutionnel
complexe s'est progressivement mis en place valorisant l'initiative privée
dans un cadre de service public. Ainsi, dès le siècle dernier,
se sont multipliées les Associations Syndicales Autorisées (ASA),
Etablissements publics constitués de propriétaires fonciers, pour
construire et gérer des systèmes d'irrigation en commun. Dès
les années 1950, dans un cadre d'aménagement du territoire plus
ambitieux, l'Etat a créé les Sociétés d'Aménagement
Régionales, Sociétés Anonymes d'Economie Mixte, concessionnaires
de l'Etat, pour créer les ressources en eau et gérer les aménagements
d'irrigation dans les Régions du Sud de la France. Très aidées
par l'Etat au départ, les SAR équilibrent maintenant leur gestion
par la seule participation de leurs clients. Cette gestion est désormais
financièrement durable puisqu'elle inclut les provisions nécessaires
à la maintenance des investissements concédés ; elle
garde néanmoins les qualités intrinsèques au service public
" à la française " : continuité, équité,
durabilité, transparence. Enfin plus récemment, ont été
mises en place les Institutions de Bassin, qui, dans une approche élargie
à la gestion et à la protection des milieux aquatiques recherchent
le consensus global autour de la gestion de l'eau en utilisant la concertation
et les incitations financières, laissant à l'Etat le rôle
de régulateur et d'arbitre. Les complémentarités qui existent
entre ces différentes formes institutionnelles, notamment la collaboration
développée entre les ASA d'une région et la Société
d'Aménagement Régionale, permettent de proposer des solutions
expérimentées à nos partenaires soucieux d'organiser une
gestion durable de l'eau et des aménagements.
Un point clef de cette gestion de l'eau est, dans nos régions de ressources
rares, la méthode utilisée pour la gestion de la demande c'est-à-dire
les moyens mis en place pour partager efficacement la ressource en orientant
correctement le comportement des consommateurs. Ces moyens, bien conceptualisés
par les chercheurs et les gestionnaires, sont de l'ordre de l'incitation financière
-la tarification-, ou du règlement contractuel -le système des
quotas-. Par une tarification adaptée qui signale à l'utilisateur
la valeur de l'eau tout en respectant -notamment en agriculture irriguée-
le revenu qu'il peut en attendre, on oriente la consommation tout en assurant
l'équilibre financier du gestionnaire. Des exemples sont donnés.
Quand la pression de la demande est trop forte, un système de quotas
-associé à une tarification adaptée- est mis en place pour
garantir un partage de l'eau plus rigide. Pour être accepté, ce
système de quotas doit être construit dans une démarche
contractuelle gérée collectivement, reposant sur la solidarité
entre l'amont et l'aval d'un bassin. Ce type de gestion de la demande, nécessairement
couplée à une bonne gestion de la ressource, suppose, pour être
transférée, que soient mis en place de véritables organismes
gestionnaires de l'eau autonomes et spécifiques dont l'exigence principale
est d'associer la qualité du service et la recherche de l'intérêt
général.