LA REUTILISATION DES EAUX USEES TRAITEES EN TUNISIE

M. Houcine EL BECH - Chargé de Mission - Cabinet du Ministre de l'Environnement - TUNISIE


1 - DONNEES GENERALES

1.1. Le réseau d'assainissement

La desserte des habitations par un réseau d'assainissement répond à un besoin essentiel des populations : éloigner de leur voisinage immédiat la pollution engendrée par les eaux usées et améliorer ainsi l'environnement urbain et les conditions d'hygiène et de salubrité.

Au terme de l'année dernière, 5,723 Millions de Tunisiens habitaient en zone urbaine (sur une population totale de 9,140 millions d'habitants). 4,285 Millions d'entre eux étaient pris en charge par l'ONAS (Office National de l'Assainissement). Le taux de raccordement en milieu urbain était de 61% pour l'ensemble du pays, et d'environ 77% dans les zones prises en charge par l'ONAS.

Le linéaire de réseau en exploitation a atteint 6.700 kms, et le nombre d'abonnés ONAS est de 600.000.

Dans les zones prises en charge, le taux de branchement au réseau d'assainissement des abonnés raccordés à l'eau potable est en croissance continue, montrant que le rattrapage par rapport à la desserte en eau potable se fait de façon satisfaisante.

1.2. L'épuration

La collecte et le transport des eaux usées en dehors des zones habitées ne seraient que de simples opérations de transfert de la pollution s'ils n'étaient suivis d'un traitement adéquat. L'épuration constitue donc une activité essentielle de l'ONAS permettant d'atténuer les impacts du secteur de l'assainissement sur l'environnement. Elle produit des quantités appréciables d'eaux utilisables pour l'irrigation (117 m3 en 1995). Mais elle représente aussi un facteur de pression sur l'environnement du fait de la pollution résiduelle des eaux épurées non réutilisées.

Le ratio du volume d'eau traitée sur le volume d'eau collectée, qui reflète l'effort en matière d'épuration, se situe à un niveau appréciable : 87% environ en 1995 ; alors qu'il n'était que de 75% en 1993.

Pour accomplir cette performance, l'ONAS exploite un parc de stations d'épuration qui n'a cessé de s'accroître. A la fin de l'année 1995, il a atteint 48 stations qui totalisent une capacité hydraulique de 423.000 m3/j et une capacité biologique de 164.000 kg DBO5/j soit un total d'environ 3.273.000 équivalent-habitants. Ces stations réalisent, en grande majorité, un traitement biologique secondaire. Trois procédés sont couramment utilisés : les boues activées, les chenaux d'oxydation et le lagunage. Les boues sont généralement traitées par une stabilisation aérobie.


2 - La réutilisation des eaux usées traitées

La réutilisation des eaux usées traitées (e.u.t.) constitue à la fois un instrument pour économiser les ressources en eau et un moyen de traitement complémentaire, en réduisant la pollution résiduelle engendrée par l'activité de l'assainissement. Elle contribue à améliorer la qualité des milieux récepteurs, et notamment des plages et les zones humides de décharge. La réutilisation des eaux concerne trois secteurs économiques importants ; le tourisme, l'agriculture, les espaces verts et les forêts.

L'effort en matière de réutilisation est reflété par le ratio du volume d'eau réutilisé sur le volume d'eau traité : il a atteint 23% en 1995 contre 15% en 1990.

La réutilisation des eaux épurées répond à des besoins convergents : en période estivale, les impératifs de préservation des plages coïncident avec le besoin maximal de réutilisation, et en période hivernale, les besoins d'irrigation sont plus faibles et la nuisance éventuelle au niveau des plages a moins d'impact.

La superficie des terrains actuellement équipés pour réutilisation des eaux usées est de 6.400 ha. Les différentes cultures irriguées à partir de ces eaux sont les fourrages, les arbres fruitiers, les céréales, le coton et le tabac. Par ailleurs, les terrains de Golf de Hammamet, Sousse, Monastir et Tabarka sont arrosés avec des eaux épurées, ayant subit un traitement complémentaire de maturation (lagunage).

La recharge des nappes en est encore à un stade expérimental ; un projet pilote est en cours dans la région du Cap Bon (Nord-Est de la Tunisie) pour arrêter l'intrusion des eaux marines dans les aquifères côtiers.

A la différence des premières stations d'épuration réalisées, les nouvelles stations sont conçues dans la perspective de valoriser au maximum les eaux usées traitées. La réutilisation est étudiée dès le départ et intégrée dans le processus de conception de la station et de choix du site pour augmenter les chances de réutilisation. Dans certains cas, l'ONAS engage même les études d'avant projet des ouvrages de réutilisation.

Les fonds spécialisés octroient des aides substantielles pour financer les équipement d'adduction et d'irrigation des parcelles concernées.


2.2. Les difficultés rencontrées

2.2.1. - Aspects sanitaires

Les eaux usées traitées (e.u.t.) présentent toujours une charge microbienne et virale non négligeable ce qui limite leur champ de réutilisation et notamment en irrigation. L'expérience tunisienne dans ce domaine a commencé en 1958 par l'irrigation des orangers dans la région de Soukra (Tunis) pendant la sécheresse.

Depuis, le secteur s'est bien organisé par la promulgation d'un certain nombre de textes le réglementant :

Bien que le respect de la réglementation n'est pas totalement atteint, aucune épidémie d'origine hydrique due à l'irrigation par les e.u.t. n'a été enregistrée en Tunisie.

2.2.2. - Aspects économiques

Les cultures maraîchères sont rémunératrices; peuvent consommer de grandes quantités d'eau et se pratiquant autour des villes, c'est à dire non loi des stations d'épuration. La réglementation interdit l'emploi des e.u.t. pour ce genre de cultures.

D'un autre côté, les engagements écologiques pris par la majorité des pays de la Méditerranée vont dans le sens dans de l'interdiction progressive de tout rejet en mer des e.u. même traitées. Il va de soi que l'irrigation est une alternative judicieuse pour les pays de la rive sud dont les ressources en eau sont limitées.

Néanmoins, les difficultés d'ordre économiques liées au traitement tertiaire de désinfection, le transport vers l'utilisation et le stockage de régulation, doivent être surmontées.

L'emploi des e.u.t. dans certaines régions du Centre et du Sud de la Tunisie a été suspendu à cause de leur fort degré de salinité qui a provoqué une chute spectaculaire des rendements agricoles.





3 - PERSPECTIVES POUR L'AVENIR

En Tunisie, le centre de recherche génie rural a créé tout un département pour la recherche liée à la réutilisation des e.u.t. en irrigation et pour la recharge des nappes. Ces recherches ont amélioré nos connaissances en la matière et ont permis l'établissement de l'arsenal réglementaire relatif aux conditions et règles d'emploi des ces eaux en irrigation.

D'autres difficultés, dans cet aspect, restent à régler :

Il est entendu que les efforts doivent être déployés pour réduire les matières en suspension.

Ces aspects, liés à la recherche technologique, ont été présentés au Centre International des Technologies de l'Environnement (CITET) récemment créés pour apporter les solutions adéquates notamment dans les aspects :

- formation

- transfert de technologies

- amélioration de technologies existantes et innovation.

Le CITET est à mon avis un outil approprié pour nouer les liens technologiques en la matière entre la rive Nord et Sud de la Méditerranée.