La desserte des habitations par un réseau
d'assainissement répond à un besoin essentiel des
populations : éloigner de leur voisinage immédiat
la pollution engendrée par les eaux usées et améliorer
ainsi l'environnement urbain et les conditions d'hygiène
et de salubrité.
Au terme de l'année dernière, 5,723
Millions de Tunisiens habitaient en zone urbaine (sur une population
totale de 9,140 millions d'habitants). 4,285 Millions d'entre
eux étaient pris en charge par l'ONAS (Office National
de l'Assainissement). Le taux de raccordement en milieu urbain
était de 61% pour l'ensemble du pays, et d'environ 77%
dans les zones prises en charge par l'ONAS.
Le linéaire de réseau en exploitation
a atteint 6.700 kms, et le nombre d'abonnés ONAS est de
600.000.
Dans les zones prises en charge, le taux de branchement
au réseau d'assainissement des abonnés raccordés
à l'eau potable est en croissance continue, montrant que
le rattrapage par rapport à la desserte en eau potable
se fait de façon satisfaisante.
La collecte et le transport des eaux usées
en dehors des zones habitées ne seraient que de simples
opérations de transfert de la pollution s'ils n'étaient
suivis d'un traitement adéquat. L'épuration constitue
donc une activité essentielle de l'ONAS permettant d'atténuer
les impacts du secteur de l'assainissement sur l'environnement.
Elle produit des quantités appréciables d'eaux utilisables
pour l'irrigation (117 m3 en 1995). Mais elle représente
aussi un facteur de pression sur l'environnement du fait de la
pollution résiduelle des eaux épurées non
réutilisées.
Le ratio du volume d'eau traitée sur le volume
d'eau collectée, qui reflète l'effort en matière
d'épuration, se situe à un niveau appréciable
: 87% environ en 1995 ; alors qu'il n'était que de 75%
en 1993.
Pour accomplir cette performance, l'ONAS exploite
un parc de stations d'épuration qui n'a cessé de
s'accroître. A la fin de l'année 1995, il a atteint
48 stations qui totalisent une capacité hydraulique de
423.000 m3/j et une capacité biologique de 164.000
kg DBO5/j soit un total d'environ 3.273.000 équivalent-habitants.
Ces stations réalisent, en grande majorité, un traitement
biologique secondaire. Trois procédés sont couramment
utilisés : les boues activées, les chenaux d'oxydation
et le lagunage. Les boues sont généralement traitées
par une stabilisation aérobie.
La réutilisation des eaux usées traitées
(e.u.t.) constitue à la fois un instrument pour économiser
les ressources en eau et un moyen de traitement complémentaire,
en réduisant la pollution résiduelle engendrée
par l'activité de l'assainissement. Elle contribue à
améliorer la qualité des milieux récepteurs,
et notamment des plages et les zones humides de décharge.
La réutilisation des eaux concerne trois secteurs économiques
importants ; le tourisme, l'agriculture, les espaces verts et
les forêts.
L'effort en matière de réutilisation
est reflété par le ratio du volume d'eau réutilisé
sur le volume d'eau traité : il a atteint 23% en 1995 contre
15% en 1990.
La réutilisation des eaux épurées
répond à des besoins convergents : en période
estivale, les impératifs de préservation des plages
coïncident avec le besoin maximal de réutilisation,
et en période hivernale, les besoins d'irrigation sont
plus faibles et la nuisance éventuelle au niveau des plages
a moins d'impact.
La superficie des terrains actuellement équipés
pour réutilisation des eaux usées est de 6.400 ha.
Les différentes cultures irriguées à partir
de ces eaux sont les fourrages, les arbres fruitiers, les céréales,
le coton et le tabac. Par ailleurs, les terrains de Golf de Hammamet,
Sousse, Monastir et Tabarka sont arrosés avec des eaux
épurées, ayant subit un traitement complémentaire
de maturation (lagunage).
La recharge des nappes en est encore à un
stade expérimental ; un projet pilote est en cours dans
la région du Cap Bon (Nord-Est de la Tunisie) pour arrêter
l'intrusion des eaux marines dans les aquifères côtiers.
A la différence des premières stations d'épuration réalisées, les nouvelles stations sont conçues dans la perspective de valoriser au maximum les eaux usées traitées. La réutilisation est étudiée dès le départ et intégrée dans le processus de conception de la station et de choix du site pour augmenter les chances de réutilisation. Dans certains cas, l'ONAS engage même les études d'avant projet des ouvrages de réutilisation.
Les fonds spécialisés octroient des
aides substantielles pour financer les équipement d'adduction
et d'irrigation des parcelles concernées.
Les eaux usées traitées (e.u.t.) présentent
toujours une charge microbienne et virale non négligeable
ce qui limite leur champ de réutilisation et notamment
en irrigation. L'expérience tunisienne dans ce domaine
a commencé en 1958 par l'irrigation des orangers dans la
région de Soukra (Tunis) pendant la sécheresse.
Depuis, le secteur s'est bien organisé par
la promulgation d'un certain nombre de textes le réglementant
:
Bien que le respect de la réglementation n'est
pas totalement atteint, aucune épidémie d'origine
hydrique due à l'irrigation par les e.u.t. n'a été
enregistrée en Tunisie.
Les cultures maraîchères sont rémunératrices;
peuvent consommer de grandes quantités d'eau et se pratiquant
autour des villes, c'est à dire non loi des stations d'épuration.
La réglementation interdit l'emploi des e.u.t. pour ce
genre de cultures.
D'un autre côté, les engagements écologiques
pris par la majorité des pays de la Méditerranée
vont dans le sens dans de l'interdiction progressive de tout rejet
en mer des e.u. même traitées. Il va de soi que l'irrigation
est une alternative judicieuse pour les pays de la rive sud dont
les ressources en eau sont limitées.
Néanmoins, les difficultés d'ordre
économiques liées au traitement tertiaire de désinfection,
le transport vers l'utilisation et le stockage de régulation,
doivent être surmontées.
L'emploi des e.u.t. dans certaines régions
du Centre et du Sud de la Tunisie a été suspendu
à cause de leur fort degré de salinité qui
a provoqué une chute spectaculaire des rendements agricoles.
En Tunisie, le centre de recherche génie rural
a créé tout un département pour la recherche
liée à la réutilisation des e.u.t. en irrigation
et pour la recharge des nappes. Ces recherches ont amélioré
nos connaissances en la matière et ont permis l'établissement
de l'arsenal réglementaire relatif aux conditions et règles
d'emploi des ces eaux en irrigation.
D'autres difficultés, dans cet aspect, restent
à régler :
Il est entendu que les efforts doivent être
déployés pour réduire les matières
en suspension.
Ces aspects, liés à la recherche technologique,
ont été présentés au Centre International
des Technologies de l'Environnement (CITET) récemment créés
pour apporter les solutions adéquates notamment dans les
aspects :
- formation
- transfert de technologies
- amélioration de technologies existantes
et innovation.
Le CITET est à mon avis un outil approprié pour nouer les liens technologiques en la matière entre la rive Nord et Sud de la Méditerranée.