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Les Documents de travail Atelier RIOB |
IRRIGATION
ET GESTION DURABLE DES RESSOURCES EN EAU
DANS LE BASSIN LOIRE-BRETAGNE
François DUBOIS DE LA SABLONIERE
INTRODUCTION
Au nombre de six en France, les agences de leau, établissements publics de lEtat dépendant du Ministère de lAménagement du Territoire et de lEnvironnement, ont pour objectif de protéger les ressources en eau dans le cadre de leurs bassins hydrographiques respectifs.
Pour cela, elles perçoivent des redevances auprès des usagers de leau, redevances qui sont ensuite redistribuées sous forme daides financières, soit pour la lutte contre la pollution (qualité), soit pour lamélioration de la ressource (quantité).
Il sagit donc dune politique financièrement incitative. Chaque agence est autonome. Cest lapplication des principes « pollueurs-payeurs » et « usagers-payeurs ». A noter que les agences ne sont ni maîtres douvrage ni responsables de la police des eaux. Ce système fonctionne depuis un peu plus de 25 ans.
Inscrites dans la loi sur leau du 3 janvier 1992, la protection de la ressource et sa mise en valeur dans le respect des équilibres naturels, constituent désormais la justification essentielle des programmes dintervention des agences de leau qui participent à une politique de développement durable.
Lexposé ci-après est consacré à laction entreprise par lagence de leau Loire-Bretagne pour une gestion économe de leau dirrigation.
1) Le bassin Loire-Bretagne
- Un réseau hydrographique de 80 000 km aux caractéristiques hydrologiques très contrastées.
- Des réservoirs deau souterraine importants dans les régions sédimentaires.
120 milliards de m3/an de précipitations et un écoulement annuel de 30 milliards de m3.
Précipitations moyennes : 700 mm/an.
Pluies infiltrées vers les nappes en plaine : 150 mm/an.
Le bassin Loire-Bretagne concentre les deux tiers des activités délevage français (et 50 % dans les seuls départements bretons), mais aussi près de 50 % des productions céréalières avec les régions Centre et Poitou-Charentes surtout.
2) Létat des lieux
2.1 - Les prélèvements
Les prélèvements deau annuels dans le milieu naturel sur le bassin Loire-Bretagne se répartissent selon quatre grandes catégories de préleveurs :
Volume prélevé (Millions m³) |
Volume consommé (Millions m³) |
|
| Collectivités locales | 1000 |
360 |
| Industries | 220 |
28 |
| EDF | 1500 |
340 |
| Irrigation | 450 |
450 |
Lirrigation constitue donc le premier consommateur deau du bassin Loire-Bretagne même sil ne sagit pas du premier préleveur. Ce constat est encore plus vrai si lon considère la période de lété pendant laquelle seffectue lirrigation.
Les annexes donnent la répartition des quantités prélevées et consommées par les différents usages de leau en fonction du type de ressource en eau.
Lirrigation pratiquée par aspersion sur le bassin Loire-Bretagne est une irrigation de complément permettant de sécuriser les rendements sur les sols de faible réserve en eau ou bien de cultiver des espèces exigeantes en eau comme le maïs.
Lannexe présente les différents types de cultures irriguées.
Le maïs, le blé, les betteraves, les pois protéagineux constituent les principales grandes cultures irriguées.
Il sagit essentiellement dirrigation individuelle, les prélèvements seffectuant dans une nappe, une retenue ou une rivière.
La succession dannées sèches (1976, 1989, 1990, 1991,1996...) et le contexte économique agricole ont généré un très fort accroissement des surfaces irriguées principalement dans les régions Centre, Pays de Loire et Poitou-Charentes.
Lévolution rapide de la demande a conduit localement à des surexploitations de ressources avec conflits dusage et assecs de rivières (près de 1000 km en 1996 dans le Poitou-Charentes...).
Des mesures administratives (police des eaux) de limitation des prélèvements sont prises chaque année (temps de pompage limité, jours dinterdiction). Dans les cas extrêmes, il nest plus autorisé de pompage deau bien que lirrigation soit encore nécessaire aux plantes.
Les nappes salimentent généralement par les pluies automnales et hivernales (octobre à mars) et se vidangent naturellement par des sources ou dans les cours deau dont elles assurent le débit détiage.
Les relations nappes-rivières sont donc importantes.
3) Les grands principes dune gestion durable de leau dirrigation dans le bassin Loire-Bretagne
La stratégie pour une gestion durable de leau dirrigation dans le bassin Loire-Bretagne repose sur six grands principes :
- la connaissance des volumes prélevés,
- la connaissance des ressources disponibles,
- la satisfaction des besoins du milieu naturel (débit minimum des rivières),
- la gestion volumétrique,
- un programme daccompagnement des irrigants à une gestion déconomie de leau,
- une tarification incitative.
3.1 - La connaissance des valeurs prélevées
Dès avril 1991, avant la loi sur leau du 3 janvier 1992 qui la rendu obligatoire, le comptage de leau prélevée à des fins dirrigation est devenu une priorité pour lagence.
Si les volumes étaient comptés dans les collectivités locales et chez les industriels, la plus grande partie des volumes prélevés pour lirrigation ne faisait pas lobjet dun comptage.
Or, le comptage des prélèvements est un des moyens dune bonne gestion de leau.
La quantification de leau prélevée est en effet une mesure nécessaire,
- à lirrigant lui-même pour mieux gérer leau à la parcelle en validant les doses supposées être apportées par son installation dirrigation,
- à la création doutils de gestion des ressources en eau,
- aux autorités locales de gestion à léchelle du département ou dans lavenir à léchelle du bassin versant pour planifier, répartir et arbitrer notamment en temps de crise,
- aux agences de leau pour disposer déléments plus fiables permettant :
§ un calcul réaliste de lassiette de la redevance prélèvement,
§ la réalisation de bilans ressources - besoins, plus fins.
Une étude technique de faisabilité du comptage a été confiée par lagence en 1991 à la Société du Canal de Provence.
A lissue de cette étude, lagence a bâti un programme dintervention et des modalités dinstallation des compteurs. Grâce à son incitation financière très élevée, (75 à 80 % de subvention), et à un réseau dinstallateurs agréés, le parc des compteurs sest rapidement élevé : 50 % des points de prélèvement représentant une surface irriguée annuelle de 265.000 ha au 1er janvier 1998. Dans les nappes souterraines les plus intensément exploitées, ces taux sont respectivement de 55 % et 80 %.
Linvestissement financier au 1er juillet 1997 est denviron 100 MF pour une aide sélevant à 70 MF, le coût unitaire dun dispositif de comptage étant denviron 15000 F. Les débitmètres électroniques représentent plus de 50 % du parc, les compteurs de vitesse à hélice ainsi que les compteurs « proportionnels » à hélice tangentielle ou à manchette de dérivation se partageant le reste du parc.
Le rythme déquipement actuel laisse espérer un achèvement total du programme en 1999.
3.2 - La connaissance des ressources disponibles
Si les ressources en eau superficielles sont assez bien connues, notamment grâce à lancienneté des réseaux de mesure, les eaux souterraines le sont beaucoup moins. Les réseaux piézomètriques généralisés sont récents. Le Schéma Directeur dAménagement et de Gestion des Eaux a identifié des nappes dites intensément exploitées. Sont considérées comme telles, les unités où les prélèvements en eau souterraine par an dépassent un ratio moyen de 200 m3/ha de surface de laquifère et où des conflits dusages et de fréquents assecs de cours deau permanents sont observés.
La carte en annexe présente ces zones.
Les principales formations géologiques concernées sont les :
- calcaires de Beauce et craie senoturonienne entre Loire et Loir,
- calcaires du Jurassique supérieur, du Dogger et du Lias.
LAgence, dans ces zones, encourage grâce à des taux daides incitatifs (80 %) les études de connaissance quantitative du milieu et des usages,
§ Géométrie et fonctionnement des hydrosystèmes nappes-rivières,
§ Mise en place de réseaux de mesures complémentaires locaux de gestion : stations de jaugeage pour les rivières, piézomètres pour les nappes,
§ Connaissance exhaustive des usages : ouvrages de prélèvement, comptage des volumes prélevés,
§ Modélisation du système permettant une gestion prévisionnelle,
§ Débit minimal biologique du cours deau.
Simples (niveaux piézométriques, débits des rivières drainantes) ou sophistiqués (modèles mathématiques), les outils de gestion deviennent une nécessité dès lors que lexploitation intensive dun aquifère menace de déséquilibrer son bilan.
Ces outils doivent permettre de déterminer au mieux et au plus tôt (fin hiver-début printemps) le volume deau théoriquement exploitable dans lannée par lensemble des usagers tout en préservant un débit détiage acceptable dans les sources et cours deau exutoires.
Il sagit dune aide technique fondamentale pour établir des règles de répartition équitable de leau entre les divers usagers et vérifier leur impact.
3.3 - La gestion volumétrique
Lobjectif à terme pour les aquifères intensément exploités est la détermination chaque année dun volume deau exploitable compatible avec une gestion patrimoniale du milieu.
Les agriculteurs irrigants seront alors conduits à gérer un quota deau qui évitera une gestion en temps de crise toujours délicate à mettre en oeuvre et à faire respecter. Les assolements et la conduite de lirrigation seront alors les outils privilégiés de gestion du volume limité.
Les agriculteurs des zones concernées par ces mesures réfléchissent actuellement aux modalités de partage de leau et dattribution des quotas.
3.4 - Un programme daccompagnement des irrigants à une gestion économe de leau
Grâce à des aides sélevant jusquà 50 % des dépenses, lagence apporte un appui financier important à des actions daccompagnement des irrigants à une gestion économe de leau.
Des aides ciblées
sur lappui technique aux irrigants
- la réalisation de bilans hydriques,
- suivi de létat hydrique des sols (sondes tensiométriques, mesures in situ à létuve de lhumidité du sol,
- diagnostic agronomique,
- analyse du comportement variétal au stress hydrique
- détermination des besoins rééls de la culture (mesure de lévapo-transpiration réelle du blé dhiver),
- messages dinformation.
sur léconomie deau
Dès la campagne dirrigation 1997, lagence apporte une aide aux irrigants prélevant dans les nappes intensément exploitées et les rivières réalimentées et consommant le moins deau par hectare. Cette aide est un pourcentage de la redevance et est dautant plus forte que la consommation deau par hectare est faible.
Le tableau ci-dessous représente les taux daide pour les nappes intensément exploitées.
|
Taux daide pour les nappes intensément exploitées |
Aide/centimes/m3 |
|
33 % |
1,687 |
|
30 % |
1,534 |
|
27 % |
1,38 |
|
24 % |
1,227 |
|
21 % |
1,073 |
|
18 % |
0,92 |
|
15 % |
0,76 |
|
12 % |
0,613 |
|
9 % |
0,46 |
|
6 % |
0,306 |
|
3 % |
0,153 |
|
0 |
0 |
3.5 - Une tarification incitative
La tarification forfaitaire devient exceptionnelle et lassiette de la redevance a pour valeur le prélèvement mesuré par le compteur. Pour sensibiliser les agriculteurs mais aussi les autres usagers, le taux de base de la redevance est augmenté de 50 % dans les secteurs de nappes intensément exploitées et de 80 % sur les rivières réalimentées.
Ainsi en lan 2000 les agriculteurs irrigants paieront 5,11 centimes/m3 pompé en nappe intensément exploitée et 6,13 en rivière réalimentée. Dans les secteurs où il ny a pas déséquilibre entre les besoins et la ressource disponible, ce taux nest que de 3,4 centimes/m3.
Toutefois, le montant de la redevance nest pas encore dun niveau suffisant pour constituer un facteur de limitation des quantités deau prélevées.
En effet, le coût total de lirrigation pour lagriculteur est denviron 1F/m3, apporté sur la culture.
On peut imaginer un sytème évoluant vers une tarification différenciée avec une redevance faible jusquà la valeur du quota deau, puis très dissuasive au-delà.
Il pourrait notamment paraître judicieux de fixer la redevance de base à un niveau qui permettra la couverture des frais entraînés par lacquisition des connaissances, le fonctionnement des outils de gestion mis en place, ainsi que le fonctionnement et la maintenance des ouvrages (barrages, réalimentation des nappes, transfert deau...) dont les frais de première installation ont été couverts par la collectivité.
Avec ce type de tarification, les usagers de leau se donnent les moyens de maintenir durablement en état le patrimoine que leur a confié la collectivité.
CONCLUSION
La mise en oeuvre de toutes ces mesures vise, on le voit, à sensibiliser les différents « acteurs » de leau du bassin Loire-Bretagne afin quils adoptent une attitude conforme aux nécessités du développement durable.
Cette politique sera menée en étroite concertation au sein du Comité de Bassin, véritable Parlement de leau, avec notamment les représentants de la profession agricole.