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Les
Documents de travail Atelier RIOB |
UN EXEMPLE DE TRANSFERT
DE TECHNOLOGIE :
LA CREATION DE L'AGENCE DE BASSIN DU BIO-BIO (CHILI)
François Esteulle, Henri Garros-Berthet, Jean Pierre Chabal, Bernard Tardieu.
Coyne et Bellier, Bureau
dIngénieurs Conseils,
9 allée des Barbanniers, 92632 Gennevilliers Cedex
Introduction
La Direction Générale des Eaux du Chili (DGA) a confié à Coyne et Bellier - Europact (avec le support de DBE) létude de la création de lAgence de Bassin du Bio-Bio. Financée par la Banque Mondiale, létude a duré de 1993 à 1995. Elle a eu lieu entièrement au Chili (à Santiago et Concepción). Elle a rassemblé des experts de diverses origines (Chili, France, Venezuela) et disciplines (techniciens de leau, aménagistes, spécialistes des questions institutionnelles).
LAgence de Bassin Seine - Normandie a bien voulu mettre à disposition plusieurs experts, qui ont été associés aux études et au travail avec les partenaires chiliens. La longue expérience française en la matière a donc été, à cette occasion, très directement prise en compte et valorisée.
La coordination densemble a associé la Direction Générale des Eaux et Coyne et Bellier (agence de Santiago du Chili). Les divers acteurs (DGA, Banque Mondiale, Coyne et Bellier) estiment que ce travail fournit une référence pour le Chili mais aussi pour beaucoup de pays du tiers monde ne disposant pas dAgences de Bassin (Amérique latine, Afrique, Asie). Le choix du bassin du Bio-Bio comme bassin-pilote a obéi à diverses raisons :
(i) Lexistence de projets de développement de grande envergure y entraînait une forte concurrence entre usagers de leau (hydroélectricité, agriculture, foresterie).
(ii) La qualité de leau se dégradait par pollution dorigine industrielle et domestique.
(iii) Lérosion contribuait à la dégradation des ressources.
(iv) De nombreuses études existantes sur les ressources naturelles et lenvironnement facilitaient létablissement de létat de référence.
Objectifs et méthodologie
La création de lAgence de Bassin du Bio-Bio avait bien entendu pour objectif de créer les conditions de lamélioration de la gestion des ressources en eau du bassin. On a regroupé les travaux sous les rubriques suivantes :
(i) Définition de lentité institutionnelle, lAgence de Bassin, conçue comme un cadre daction participative et prenant en considération le bassin comme unité de base pour la gestion densemble des ressources en eau.
(ii) Proposition dune stratégie de financement des études, projets, plans et ouvrages contribuant à résoudre les problèmes de ressources en eau. Cette stratégie se fonde sur le principe usager / pollueur / payeur.
(iii) Définition et propositions de renforcement du marché de leau, en tant que mécanisme permettant une meilleure attribution des ressources et une utilisation plus efficace de ces dernières.
(iv) Définition de létat de référence du bassin et élaboration dun plan directeur préliminaire contenant les mesures et projets prioritaires permettant de surmonter les conflits entre usagers.
(v) Mise au point dune banque de données du bassin du Bio-Bio associée à un outil simple et convivial permettant de caractériser les ressources en eau, leurs usages et conduisant au diagnostic des zones sensibles du bassin.
Le bassin du Bio-Bio
Le bassin a une aire de 24.000 km2 (la moitié du bassin de la Seine à Paris-Austerlitz), et abrite une population de 760.000 personnes. Les cités les plus importantes sont Talcahuano (242.000), Concepción (201.000), et Los Angeles (96.000) ce qui démontre limportance de lurbanisation dans cette partie du Chili. La rivière a sa source dans la cordillère des Andes et rejoint locéan Pacifique après un parcours de 380 km. Elle reçoit plusieurs affluents dont le Laja et le Vergara. Quatre entités morphologiques définissent les paysages du bassin : les Andes, la dépression centrale, la cordillère côtière et les plaines littorales. De la variété des altitudes résultent la variété climatique et létagement de la végétation et de la faune. Les aquifères se répartissent en trois secteurs (Andes, dépression centrale, zone littorale) de rendements de captage contrastés. Les activités économiques principales sont lagriculture (céréales, haricots, betteraves), la foresterie (pins, eucalyptus, bois doeuvre, cellulose), et la pêche (sardines, anchois, coquillages, crustacés). Le bassin est équipé de 960 MW (24 % de la puissance installée nationale) fournis par trois centrales hydrauliques et une centrale thermique. Les investissements privés concernent les secteurs forestiers, énergétiques, et industriels (industries et infrastructures portuaires). Le niveau de vie y est inférieur à la moyenne nationale. Les organisations communautaires sont peu développées. Les usages de leau concernent lagriculture, lindustrie, les populations, et lhydroélectricité. Lirrigation couvre 225.000 hectares qui consomment 170 m3/s pendant la saison chaude (210 jours). La demande industrielle atteint 11 m3/s (industrie papetière, chimie et pétrochimie, sidérurgie, agro-alimentaire). Lusage domestique représente 1,5 m3/s. Les centrales hydroélectriques se situent dans le sous-bassin du Laja. On envisage daugmenter léquipement en centrales en portant le nombre des usines de 3 à 9. Les problèmes environnementaux principaux sont la pollution des eaux et des sols, lérosion, les inondations, les sécheresses, et lépuisement des ressources naturelles.
Agence de Bassin du Bio-Bio
Avant la mise en oeuvre de lAgence, plus de 100 organisations avaient, de part leurs attributions, compétences, fonctions, et activités, une influence directe ou indirecte sur la gestion de leau dans le bassin. (Voir tableaux 1 et 2). Dautre part, la législation (Code Civil, Code des Eaux, lois et décrets) est abondante et complexe. Il en résultait des interférences et des superpositions dattributions entre organismes intervenant dans le domaine de leau. Dispersion des efforts, dilution des responsabilités, incohérences des actions et centralisation excessive faisaient partie des défauts du système. LAgence de Bassin fournira le cadre nécessaire à la concertation et à lharmonisation des politiques. Pour mener à bien sa définition, la Direction Générale des Eaux et Coyne et Bellier ont tiré profit, tout au long de létude, des expériences française, mexicaine, vénézuélienne et brésilienne. Naturellement, de nombreuses réunions avec les différents acteurs (administrations de tutelle, usagers du privé, société civile) ont permis léclaircissement des problèmes et ladoption dobjectifs prioritaires. De même, des ateliers dinformation et discussion ont permis dexposer puis dadopter les lignes directrices de lorganisation proposée. Cette organisation présente de nombreuses analogies avec celle des Agences de Bassin en France. (Voir figure 1).
Financement
Afin de financer les solutions envisagées pour lamélioration de la gestion des ressources en eau, on a proposé que lAgence de Bassin du Bio-Bio développe, mette en pratique et gère un système de tarification adapté. Ce système de tarification sappliquera à lutilisation et à la détérioration de la ressource en eau suivant le principe utilisateur - pollueur - payeur. La tarification sera fonction dun nombre restreint de paramètres (quantité, qualité, localisation, et durée dutilisation) faisant lobjet dune auto-déclaration des divers usagers. Les redevances seront recouvrées par les opérateurs déjà existants (entreprises deau potable, associations dirriguants ou de producteurs, etc.). Les fonds ainsi obtenus serviront à financer les solutions aux problèmes prioritaires mis en évidence par les acteurs eux-mêmes. Ainsi, lAgence de Bassin pourra aider, grâce à des subsides et / ou des prêts, les municipalités, les provinces, et les utilisateurs privés pour construire les ouvrages de mobilisation et de contrôle des ressources en eau. Une tarification progressive sera mise en place sur une durée de 15 ans découpée en phases de cinq ans chacune. La création de lAgence de Bassin et linstitution de son système tarifaire dépendront de divers aspects légaux. Il faudra modifier le Code des eaux et formuler une loi créant les Agences de Bassin au Chili. (Voir figure 2).
Marché de leau
Face aux inconsistances et aux distorsions apparues lors de la phase de diagnostic, on a proposé détablir une taxe générale pour la propriété du droit deau. Parmi plusieurs possibilités, le payement de patentes apparaît comme la plus simple. Ceci implique un changement des normes en vigueur. Il en résultera des résistances et des oppositions de la part de divers usagers.
Etat de référence et plan directeur préliminaire
La constitution de la banque de données de létat de référence a concerné tant les ressources (quantité et qualité) que les usages (quantité, génération de pollution, effets saisoniers). On y a également recensé les ouvrages existants et / ou projetés. Le plan directeur préliminaire contient lensemble des actions permettant de faire face aux problèmes jugés prioritaires. Ces actions sont exprimées en termes budgétaires. On pourra réactualiser le plan directeur au fur et à mesure de son exécution. Le plan a été défini sur un horizon de 20 ans et comporte cinq programmes. Les deux premiers couvrent cinq ans et correspondront à la mise en place progressive de lAgence de Bassin.
Système dInformation - Gestion
Il sagira dun instrument dappui à la gestion intégrée des ressources en eau du bassin. Un prototype de ce système a permis la réalisation de létude. Dans sa version définitive, il comportera quatre modules :
(i) Module de surveillance des ressources hydriques et naturelles du bassin. Il permettra le diagnostic de la situation. Il comportera le cadastre des usagers et des activités liées à leau.
(ii) Module de planification. Il permettra détudier et de définir les actions prioritaires. Il intégrera les coûts dinvestissements, dopération et maintenance ainsi que les coûts environnementaux et éducatifs.
(iii) Module financier. Le module financier permettra la simulation du financement des diverses activités résultant de lapplication de la politique tarifaire adoptée.
(iv) Module dopération journalière. Il traitera de la collecte des informations, de la mise à jour des cadastres, de la facturation et des prêts ou subsides. Il comportera une partie dédiée aux droits deau.
Conclusions
Létude de lAgence de Bassin du Bio-Bio a nécessité de la part de DGA et Coyne et Bellier, qui ont bénéficié de lexpérience opérationnelle de lAgence de Bassin Seine - Normandie, une vision claire des objectifs ainsi quun souci constant de contact avec les divers acteurs concernés. Elle a établi le cadre qui permettra de concilier les différents besoins et de gérer rationnellement la ressource.
Tableau 1 Principales administrations impliqués dans la gestion des ressources naturelles
Ministère |
Direction ou service |
| Travaux publics (TP) | Direction générale des eaux |
| Direction de lirrigation | |
| Direction générale des TP | |
| Direction de planification | |
| Service sanitaires | |
| Direction des travaux portuaires | |
| Agriculture | Etudes et politiques agraires |
| Service agricole et élevage | |
| Office national des forêts | |
| Institut de dévelopement agro-financier | |
| Institut de recherches agro-financières | |
| Economie, dévelopement, reconstruction | Office de dévelopement de la production |
| Secrétariat à la pêche | |
| Comission nationale de lirrigation | |
| Services nationaux de la pêche, du tourisme | |
| Superintendance de lélectricité et des combustibles | |
| Institut national de normalisation | |
Tableau 2 Principales institutions ayant des attributions dans ladministration des droits dusage
Institution |
Attributions |
| Direction générale des eaux (DGA) | Entité de tutelle de la gestion des ressources en eau |
| Définition de la politique daménagement | |
| Planification du dévelopement de la ressource | |
| Recherche | |
| Cadastre des eaux | |
| Police et surveillance | |
| Administration des droits daménagement | |
| Evaluation de projets | |
| Attribution dazutorisations | |
| Elaboration de normes techniques | |
| Recouvrement damendes | |
| Disséminer linformation | |
| Promotion et contrôle des associations dusagers | |
| Régler les conflits entre usagers | |
| Associations dusagers | Administrer, contrôler, superviser, maintenir et conserver les ouvrages hydrauliques |
| Contrôle de la distribution des eaux selon les droits daménagement | |
| Tenir les statistiques de débit | |
| Education des usagers | |
| Régler les conflits entre usagers | |
| Fixer et appliquer les amendes | |
| Conservateurs des hypothèques | Tenir le registre des droits daménagement |
| Tenir le registre des associations dusagers | |
| Tribunaux de justice | Régler les conflits entre usagers |
| Fixer et appliquer les amendes | |
| Recevoir les plaintes | |
| Service agriculture et élevage | Déterminer les droits pour les terres affectées par la réforme agraire |
| Demande dinscription des droits daménagement | |
| Définition de la ressource | |
| Président de la République | Définir des droits à titre exceptionnel |
| Décréter des zones affectées | |
| Approuver la concession de personne judiciaire aux associations | |
| Etablir, modifier, ou suprimer la sectorisation des cours deau | |